Paiements numériques au Ghana : la Banque centrale durcit le ton

La Banque du Ghana appelle les fintechs à privilégier l’utilisation réelle des paiements numériques plutôt que la multiplication des comptes mobile money. Lors du lancement de SaoPay, le 7 octobre 2026 à Accra, son gouverneur Johnson Pandit Asiama a souligné l’écart entre les 85,8 millions de comptes enregistrés et les 26,4 millions de comptes actifs.

Pourquoi la Banque du Ghana veut changer les priorités des fintechs

Le développement des services financiers numériques au Ghana entre dans une nouvelle phase. Après plusieurs années consacrées à l’accès aux portefeuilles électroniques, la Banque centrale souhaite désormais encourager leur utilisation quotidienne.

À l’occasion du lancement de SaoPay, nouvel émetteur spécialisé de monnaie électronique, Johnson Pandit Asiama a expliqué que l’ouverture de comptes ne suffisait plus à mesurer les progrès de l’inclusion financière.

L’enjeu est désormais de convaincre les particuliers et les commerçants d’effectuer davantage de transactions sans espèces.

Le gouverneur a notamment regretté que de nombreux paiements électroniques aboutissent encore à des retraits en liquide. Dans plusieurs commerces, les espèces restent le moyen de règlement privilégié.

Cette situation limite les effets de la transformation numérique sur les habitudes de paiement.

Pour la Banque centrale, les fintechs doivent donc proposer des services réellement utiles, simples et abordables. Le développement du paiement chez les commerçants constitue notamment une priorité.

L’objectif n’est pas d’abandonner l’expansion des services financiers, mais de transformer les comptes existants en outils utilisés régulièrement.

Mobile money au Ghana : 85,8 millions de comptes, mais peu d’actifs

Les données présentées par la Banque du Ghana illustrent l’ampleur du défi.

En août 2026, le pays comptait environ 85,8 millions de comptes mobile money enregistrés. Les avoirs des utilisateurs représentaient près de 40 milliards de cedis ghanéens.

Pourtant, seulement 26,4 millions de comptes avaient enregistré une activité au cours des 90 jours précédents.

Autrement dit, moins d’un compte enregistré sur trois était considéré comme actif sur cette période.

Cette différence ne signifie pas que les autres utilisateurs ont définitivement abandonné les services numériques. Elle montre néanmoins que la croissance du nombre de portefeuilles ne se traduit pas automatiquement par une utilisation régulière.

Les comptes enregistrés ne correspondent pas non plus nécessairement à des personnes distinctes, car un même utilisateur peut posséder plusieurs portefeuilles.

Malgré cet écart, le secteur affiche une activité considérable.

Selon les données communiquées par la Banque centrale, les plateformes mobile money ont traité environ 954 millions de transactions en juin 2026, pour une valeur proche de 493 milliards de cedis.

Ces chiffres confirment le poids des paiements numériques dans l’économie ghanéenne. Ils montrent aussi pourquoi les autorités souhaitent désormais améliorer la qualité des usages plutôt que privilégier uniquement les statistiques d’inscription.

SaoPay : un nouvel acteur sur le marché des paiements électroniques

L’arrivée de SaoPay intervient dans un environnement marqué par une concurrence croissante entre les prestataires de services financiers.

La nouvelle entreprise a commencé ses activités en qualité de Dedicated Electronic Money Issuer (DEMI), une catégorie réglementaire réservée aux émetteurs spécialisés de monnaie électronique.

Ce statut permet notamment de proposer des portefeuilles numériques, des transferts d’argent et différents services de paiement, dans les limites fixées par la réglementation.

La Banque centrale considère que l’arrivée de nouveaux opérateurs doit apporter des avantages concrets aux utilisateurs.

Une concurrence efficace pourrait ainsi contribuer à réduire les coûts des transactions, faciliter les paiements chez les commerçants et améliorer l’accessibilité des services.

Cependant, l’attribution d’une licence ne garantit pas automatiquement une amélioration du marché.

Pour SaoPay, le principal défi sera de convaincre les consommateurs d’adopter ses solutions dans leurs transactions quotidiennes.

Sécurité et confiance, deux conditions pour développer les paiements

Au-delà de l’utilisation des portefeuilles numériques, la Banque du Ghana insiste sur la protection des fonds des clients.

Les émetteurs doivent assurer une correspondance rigoureuse entre les soldes électroniques affichés, les fonds effectivement détenus auprès des banques partenaires et les obligations envers leurs utilisateurs.

Cette exigence vise à empêcher qu’une entreprise émette davantage de monnaie électronique que les fonds disponibles pour la couvrir.

Johnson Pandit Asiama a également rappelé l’importance de la cybersécurité, de la transparence tarifaire et de la lutte contre la fraude.

Les entreprises doivent respecter les limites de leurs autorisations réglementaires. Certains produits, notamment le crédit, l’assurance ou l’épargne, nécessitent des partenariats avec des institutions habilitées.

Pour les consommateurs, ces garanties sont essentielles afin de renforcer la confiance dans les transactions électroniques.

La stratégie défendue par la Banque centrale repose donc sur deux objectifs complémentaires : encourager les paiements numériques dans la vie quotidienne et sécuriser davantage les services proposés.

Le Ghana cherche ainsi à franchir une nouvelle étape dans sa transition vers une économie moins dépendante des espèces, sans considérer la multiplication des comptes comme une preuve suffisante d’inclusion financière.

Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.

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