L’Inde freine encore sur la régulation crypto. Alors que le pays figure parmi les marchés les plus dynamiques au monde en matière d’adoption, la Banque de réserve de l’Inde (RBI) met en garde contre les effets pervers d’un encadrement légal trop large. Selon des documents cités par Reuters, la banque centrale estime que des règles complètes risqueraient de légitimer les actifs numériques et de transformer la cryptomonnaie en menace systémique. Cette prudence illustre un paradoxe : un gouvernement qui taxe et encadre partiellement le secteur, tout en retardant une véritable réglementation globale.
Les craintes d’une légitimation risquée
La Banque de réserve de l’Inde maintient une position de fermeté face aux cryptomonnaies. Selon des documents internes cités par Reuters, l’institution avertit que la mise en place d’un cadre réglementaire complet « légitimerait » le secteur et « rendrait le secteur systémique ». Pour la banque centrale, encadrer les actifs numériques reviendrait à leur offrir une reconnaissance institutionnelle et à accroître leur poids dans l’économie, au risque de créer des vulnérabilités majeures.
Ces inquiétudes s’accompagnent d’un constat d’impuissance : même une interdiction totale ne permettrait pas de supprimer les transactions en pair-à-pair ou l’activité sur les plateformes décentralisées. La RBI considère donc qu’il est « difficile de contenir les risques posés par les cryptomonnaies par le biais de la réglementation », insistant sur le caractère spéculatif et volatile de ces actifs.
Un cadre partiel entre fiscalité et restrictions ciblées
L’Inde n’a pas adopté de réglementation globale sur les cryptomonnaies, mais plusieurs mesures encadrent déjà le secteur. Depuis 2022, le gouvernement impose une taxe de 30 % sur les plus-values liées aux actifs numériques, assortie d’une obligation d’enregistrement local pour les exchanges étrangers. En décembre 2023, l’Unité de renseignement financier (FIU) a demandé aux fournisseurs d’accès de bloquer l’accès à des plateformes majeures comme Binance, KuCoin, Kraken ou Bitfinex, invoquant un défaut d’inscription auprès des autorités.
Ces pressions ont contraint certains acteurs à se conformer. Binance et KuCoin ont obtenu en 2024 l’aval de la FIU pour reprendre leurs activités dans le pays. Parallèlement, les entreprises crypto opérant localement doivent se soumettre aux règles de lutte contre le blanchiment d’argent (AML), un dispositif conçu pour mieux surveiller les flux financiers et répondre aux préoccupations internationales.
Ces mesures traduisent la volonté de New Delhi de garder un contrôle strict sur un marché en pleine expansion, sans pour autant franchir le pas d’une régulation complète. Elles reflètent aussi une stratégie d’équilibre qui veut contenir les risques systémiques soulignés par la RBI, tout en évitant de freiner totalement un secteur où l’Inde figure parmi les leaders mondiaux de l’adoption. L’évolution future dépendra de la capacité des autorités à concilier surveillance financière, sécurité des investisseurs et dynamisme technologique.
