Le moteur de recherche le plus utilisé au monde franchit une nouvelle étape. Google déploie enfin son mode de recherche par intelligence artificielle sur le continent européen. Une évolution technologique majeure qui promet des résultats plus personnalisés et contextuels grâce au robot Gemini. Pourtant, la France n’y aura pas accès pour l’instant. En cause, un conflit juridique persistant entre le géant californien et les éditeurs de presse française sur la question des droits voisins.
Une innovation européenne sans la France
Google a annoncé le 8 octobre l’arrivée de son “mode IA” dans plusieurs pays européens, marquant une nouvelle phase dans sa stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle à son moteur de recherche. Ce dispositif, présenté en juin dernier, s’affiche sous forme d’un nouvel onglet au-dessus des résultats classiques et permet de générer des synthèses ou des réponses enrichies selon les requêtes des utilisateurs.
Mais cette innovation ne franchira pas les frontières françaises. Selon Le Monde, Google a choisi d’exclure l’Hexagone de son déploiement initial en raison des litiges sur les droits voisins, un mécanisme qui impose à l’entreprise de rémunérer les médias lorsque leurs contenus apparaissent dans les résultats du moteur ou sur Google News.
Déjà sanctionnée à deux reprises par l’Autorité de la concurrence – pour un total de 750 millions d’euros d’amendes en 2021 et 2024 – la firme californienne ne souhaite pas rallumer le conflit. Elle affirme vouloir d’abord « régler les différends existants avant tout nouveau lancement ».
Google critique la rigidité des lois françaises et européennes
Lors d’une prise de parole relayée par Le Figaro, Kent Walker, responsable des affaires publiques de Google, a dénoncé les effets des législations européennes sur l’innovation technologique. Selon lui, la France prend « le risque de se retrouver bloquée avec des services d’intelligence artificielle datant de l’année dernière ». Il déplore que les régulations nationales empêchent le pays de bénéficier pleinement des avancées de Google.

Le dirigeant a également pointé du doigt le Digital Markets Act (DMA) et l’IA Act, deux textes européens destinés à encadrer les géants du numérique. Il estime que ces réglementations ont retardé « d’environ six mois » le déploiement de certaines fonctionnalités clés. Google appelle désormais à « rationaliser et alléger » le cadre européen afin de « laisser respirer l’innovation ».
Cette critique s’inscrit dans un climat de fronde anti-régulation plus large. Apple a récemment tenu des propos similaires, réclamant la suppression du DMA qu’elle juge nuisible à son écosystème. Ces positions font écho aux accusations de l’ancien président américain Donald Trump, qui a dénoncé une « discrimination technologique » de Bruxelles envers les entreprises américaines.
Un débat plus large sur la souveraineté numérique
L’absence de la France dans le déploiement du mode IA de Google dépasse la simple querelle juridique. Elle illustre une tension plus profonde entre innovation rapide et régulation stricte. D’un côté, l’Union européenne revendique son rôle de régulateur pour limiter les abus de position dominante ; de l’autre, les GAFAM dénoncent un environnement trop rigide qui freinerait leur capacité d’innovation.
Si Google parvient à un accord sur les droits voisins dans les « prochaines semaines ou mois », selon ses représentants, le service pourrait rapidement être activé en France. En attendant, les utilisateurs français restent privés d’un outil déjà disponible chez leurs voisins européens.
L’affaire met en lumière une fracture croissante entre la vision technologique américaine et l’approche réglementaire européenne. En refusant de céder sur les droits voisins, la France défend un modèle où la protection des médias prime sur la course à l’innovation. Mais cette prudence pourrait aussi coûter cher en matière de compétitivité numérique. Entre ouverture au progrès et préservation de la souveraineté culturelle, Google vient une nouvelle fois rappeler à l’Europe que l’équilibre entre innovation et régulation demeure un exercice délicat.