L’intelligence artificielle n’est plus un horizon lointain pour le continent africain. D’après un rapport publié le 12 août par Mastercard, la valeur du marché de l’IA en Afrique pourrait atteindre 16,5 milliards de dollars d’ici 2030, contre 4,5 milliards aujourd’hui. Cette projection place le continent au cœur d’une transformation technologique majeure, avec des enjeux économiques, sociaux et stratégiques considérables.
Mastercard identifie un « point d’inflexion » pour l’IA en Afrique
Dans son analyse intitulée Harnessing the transformative power of AI in Africa, Mastercard compare l’essor attendu de l’IA à celui du mobile money. « Les technologies intelligentes ne sont plus des options, mais des catalyseurs concrets de transformation sociale et économique », affirme Mark Elliott, président de la division Afrique. Selon lui, le continent se trouve à un moment clé où la technologie peut redéfinir durablement les structures économiques et sociales.
L’étude met en lumière plusieurs foyers d’innovation. L’Afrique du Sud affiche un écosystème déjà avancé, combinant infrastructures solides, recherche active et afflux d’investissements. Le Kenya se positionne comme un terrain d’expérimentation et développe des solutions adaptées aux réalités locales, notamment en santé, en finance et en agriculture. Le Nigeria attire quant à lui un volume important de capitaux pour soutenir des start-ups innovantes dans des domaines comme l’éducation ou la microfinance. De son côté, le Maroc intensifie ses efforts dans l’énergie, l’agriculture et la santé, porté par des politiques publiques audacieuses et des partenariats universitaires.
Des fondations à consolider pour libérer le potentiel
Pour Greg Ulrich, directeur des données et de l’IA chez Mastercard, le succès de cette transition ne se jouera pas uniquement sur la technologie. « L’Afrique ne consomme pas simplement de la technologie : elle en crée », rappelle-t-il, citant en exemple des systèmes antifraude conçus avec des ingénieurs locaux à Lagos, Nairobi et Johannesburg, capables de détecter des transactions suspectes en temps réel.
Le rapport insiste sur trois leviers prioritaires : renforcer l’accès à une électricité fiable, améliorer les infrastructures numériques et développer la qualité des données locales pour former des systèmes réellement adaptés aux contextes africains. À cela s’ajoute un enjeu majeur qui est celui de la formation et de la montée en compétence d’une main-d’œuvre jeune afin de transformer l’avantage démographique du continent en moteur d’innovation.
Si ces conditions sont réunies, l’IA en Afrique pourrait devenir un outil puissant d’inclusion économique, réduisant les inégalités plutôt que de les accentuer. Mastercard trace ainsi une feuille de route claire, qui prévoit d’investir dans les infrastructures, de renforcer la confiance numérique et d’intégrer pleinement les populations locales dans les processus décisionnels. Le continent se trouve ainsi face à une opportunité unique de transformer sa jeunesse, sa créativité et ses ressources en un avantage stratégique sur la scène mondiale.
