L’intelligence artificielle médicale ne relève plus de la science-fiction. En août 2025, Pékin a franchi un cap concret. Grâce à un algorithme développé localement, des médecins chinois ont pu diagnostiquer une pathologie cardiaque chez un nouveau-né africain à des milliers de kilomètres. Cette prouesse technologique, dévoilée lors du 31e Salon international des équipements médicaux en Chine, illustre les ambitions croissantes de la Chine dans le domaine de la e-santé et de la coopération sud-sud. Dans un contexte de pénurie de soignants en Afrique, l’IA devient un nouvel outil diplomatique et stratégique.
L’IA chinoise au service des bébés africains
Le 17 août à Pékin, le professeur Li Zhiqiang, directeur du centre cardiaque de l’Hôpital pour enfants de Beijing, a relaté un cas clinique qui a retenu l’attention. Un nourrisson africain souffrant d’une malformation cardiaque a pu être diagnostiqué à distance grâce à un capteur de la taille d’une carte de crédit placé sur sa poitrine. L’appareil a transmis en temps réel les données cardiaques vers une plateforme hébergée dans le cloud, où l’algorithme d’IA a permis une analyse plus fine qu’une auscultation manuelle.
Ce dispositif repose sur « Xihe No.1 », un grand modèle d’intelligence artificielle conçu conjointement par plusieurs hôpitaux, universités et entreprises chinoises. L’objectif affiché consiste à faciliter le dépistage à distance des cardiopathies congénitales dans des régions médicalement isolées. « Nous espérons atteindre deux millions de dépistages dans 50 pays participants à l’initiative Ceinture et Route », a précisé Li Zhiqiang. Le cas présenté incarne la capacité de l’IA à intervenir dans des environnements complexes, sans infrastructure hospitalière lourde.
L’intelligence artificielle, nouveau levier de la coopération sino-africaine en santé
Le recours à l’IA ne se limite pas au diagnostic cardiaque. Yang Zhixian, chef du service pédiatrie à l’Hôpital populaire de l’Université de Pékin, a souligné l’apport des algorithmes dans l’interprétation d’examens cérébraux. « L’IA permet de gagner un temps considérable et de réduire le travail des médecins dans l’interprétation des électroencéphalogrammes », a-t-il déclaré lors du salon. Il a également exprimé le souhait de voir d’autres étapes du processus médical assistées par l’IA.
Du côté des délégations africaines, plusieurs participants ont manifesté leur intérêt pour des solutions concrètes comme les ceintures vibrantes d’orientation et les chiens-robots guides destinés aux personnes en situation de handicap. Chen Si, vice-président du Fonds de développement sino-africain, a toutefois rappelé la nécessité de « résoudre certains obstacles structurels » pour garantir une intégration durable de ces innovations sur le continent. Selon lui, les unités mobiles de tomodensitométrie couplées à un diagnostic assisté par IA pourraient constituer une réponse efficace à la pénurie de personnel médical.
Depuis soixante ans, la Chine a envoyé plus de 23 000 professionnels de santé dans 53 pays africains, construit 130 structures hospitalières et formé environ 50 000 soignants locaux. L’introduction de l’IA dans cette coopération médicale marque une nouvelle phase, où la technologie devient un levier géopolitique. Reste à savoir si cette approche technocentrée saura répondre aux défis structurels africains (manque d’électricité, couverture internet irrégulière et souveraineté des données).
L’initiative chinoise positionne l’IA au cœur de la diplomatie sanitaire. Loin de se limiter à des démonstrations techniques, Pékin affiche une stratégie cohérente d’influence médicale en Afrique, à travers une alliance entre innovation, coopération et soft power. Si les résultats sont prometteurs, les défis logistiques, éthiques et géopolitiques restent considérables. Pour les pays africains, l’enjeu est double puisqu’il s’agit à la fois de profiter des avancées technologiques et de garantir un usage souverain, durable et inclusif de l’intelligence artificielle dans la santé publique.
