Un mouvement brusque de marché a rappelé ce week-end à quel point le bitcoin reste vulnérable aux chocs politiques et macroéconomiques. La crypto phare est brièvement passée sous son prix d’ouverture annuel, effaçant en quelques heures l’ensemble de ses gains de 2025. Une secousse qui intervient alors que le climat semblait pourtant favorable aux actifs numériques depuis le début d’année. Depuis janvier, entreprises, institutions et autorités américaines avaient renforcé leur engagement envers le secteur. Le retournement brutal du marché relance désormais les interrogations sur la solidité du cycle actuel.
Un repli soudain qui efface les gains de l’année
Le bitcoin (BTC) a chuté jusqu’à 93 029 dollars dimanche, en dessous de son niveau d’ouverture annuel fixé à 93 507 dollars. Cette correction marque une baisse de 25 % par rapport à son sommet historique d’octobre. Les données de CoinGecko montrent néanmoins un rebond léger autour de 94 209 dollars, sans effacer l’inquiétude générée par cette glissade.
Cette chute intervient alors que les marchés espéraient un apaisement après la réouverture du gouvernement américain, jeudi, mettant fin à une paralysie de 43 jours, la plus longue jamais enregistrée. Ce contexte politique devait offrir une bouffée d’air aux investisseurs. Le marché a réagi inversement : les ventes se sont amplifiées sur l’ensemble du secteur.
Depuis l’investiture de Donald Trump le 20 janvier, le marché crypto évoluait dans un cadre réglementaire inédit. L’administration américaine, perçue comme « la plus favorable aux cryptos à ce jour », avait tenu la majorité de ses promesses. Ce soutien a dynamisé l’adoption du bitcoin comme outil de trésorerie d’entreprise et provoqué une hausse forte des flux vers les ETF bitcoin au comptant.
Mais la guerre commerciale engagée par Trump et les tensions nées du shutdown ont créé des secousses récurrentes, affaiblissant progressivement l’élan haussier du marché.
Les ventes des investisseurs historiques pèsent sur le marché
Un autre facteur a contribué à la baisse : la distribution accrue des bitcoins détenus par les investisseurs de longue date. Ce mouvement a réduit le potentiel de hausse malgré l’environnement favorable.
Les analystes de Glassnode ont toutefois tenu à nuancer le récit d’une fuite massive des baleines. Selon eux :
« cette hausse constante reflète une pression croissante sur la distribution exercée par les cohortes d’investisseurs plus âgées – un schéma typique des prises de bénéfices en fin de cycle, et non un exode soudain des baleines ».
Un élément important qui repositionne cette correction dans une logique de marché déjà observée lors des phases finales de précédents cycles haussiers.
Le recul du bitcoin ne s’est pas isolé. Depuis le début de l’année, l’eher (ETH) a perdu 7,95 %, Solana (SOL) a chuté de 28,3 % et la majorité des altcoins affiche des performances encore plus négatives.
Cette dynamique confirme une pression généralisée à travers tout le marché, renforçant les doutes des investisseurs déjà fragilisés par les événements politiques américains.
Le débat sur le cycle de quatre ans ressurgit
Face à ces mouvements, un débat ancien refait surface : le modèle traditionnel du cycle de quatre ans du bitcoin reste-t-il valable ?
Le marché d’aujourd’hui diffère profondément des cycles précédents. La présence massive des institutions, la montée des ETF et l’appui réglementaire américain modifient profondément la mécanique d’offre et de demande.
Parmi les analystes qui maintiennent une vision optimiste, Matt Hougan, directeur des investissements chez Bitwise, évoque une dynamique structurelle forte. Il assure que « les fondamentaux sous-jacents sont extrêmement solides » et voit dans 2026 une potentielle année d’essor, portée par la dépréciation monétaire, la DeFi, la tokenisation et la généralisation des stablecoins. Selon lui, les tensions actuelles ne suffiront pas à contenir longtemps la trajectoire du secteur.
La chute brutale du bitcoin rappelle la persistance d’une volatilité extrême, même dans un environnement politique favorable. Les prises de bénéfices des investisseurs historiques, le poids de la guerre commerciale américaine et les interruptions du gouvernement ont créé un cocktail qui a neutralisé l’optimisme né du début d’année.
Pour autant, les signaux de fond demeurent solides pour une partie des analystes. L’essor institutionnel, l’expansion des ETF bitcoin, la croissance des stablecoins et la tokenisation nourrissent des perspectives positives pour les prochaines années.
