La bataille politique autour de la régulation crypto reprend de plus belle à Washington.
Hier jeudi 9 octobre 2025, plusieurs sénateurs démocrates ont présenté une contre-proposition au projet de loi bipartite sur la structure du marché des actifs numériques. Leur texte introduit la possibilité pour le Trésor américain d’établir une « liste restreinte » de protocoles DeFi jugés trop risqués, une idée qui a immédiatement suscité un tollé dans l’industrie. Critiquée par les défenseurs de la finance décentralisée, cette initiative est perçue comme un tournant majeur dans la manière dont les États-Unis envisagent d’encadrer la DeFi.
Une proposition qui divise profondément le Sénat
Selon un rapport de Punchbowl News, les démocrates du Comité bancaire du Sénat ont transmis jeudi une contre-proposition à leurs homologues républicains. Le texte prévoit notamment d’appliquer des règles strictes de connaissance du client (KYC) aux interfaces des applications DeFi et même aux portefeuilles non dépositaires.
Autre décision qui fait débat, le projet entend retirer les protections juridiques jusque-là accordées aux développeurs d’applications cryptographiques, les exposant ainsi davantage aux poursuites potentielles. L’avocat spécialisé Jake Chervinsky n’a pas mâché ses mots : « Ce texte ne réglemente pas la crypto, il l’interdit. » Selon lui, l’idée d’une « liste restreinte » confiée au département du Trésor représente « une prise de contrôle gouvernementale inconstitutionnelle et sans précédent ».
La disposition permettrait aux autorités de sanctionner tout citoyen américain tirant des revenus récurrents d’un protocole DeFi figurant sur la liste, comme l’a précisé Gabriel Shapiro, fondateur de MetaLeX Labs.
Une rupture avec l’esprit bipartisan du CLARITY Act et de la RFIA
Cette initiative démocrate intervient quelques semaines après l’adoption à la Chambre du CLARITY Act, soutenu par 294 élus contre 134, et du Responsible Financial Innovation Act (RFIA), qui vise à transférer la supervision des marchés au comptant à la CFTC et à offrir un cadre clair aux développeurs.
Pour Jake Chervinsky, cette contre-proposition met directement en péril les avancées de ces textes, fruit d’un rare consensus entre démocrates et républicains.
Les élus à l’origine du projet incluent Mark Warner, Ruben Gallego, Andy Kim, Raphael Warnock, Angela Alsobrooks et Lisa Blunt Rochester. Leur objectif déclaré est de limiter les abus et les financements illicites dans la DeFi. Pourtant, pour une grande partie de l’écosystème, cette mesure risque de faire plus de tort que de bien.
Une mesure jugée contre-productive par l’industrie
Zunera Mazhar, vice-présidente de la Digital Chamber, estime que ces mesures « alourdissent inutilement la réglementation et risquent de pousser l’innovation à l’étranger ».
Elle plaide pour une approche basée sur les risques réels et ciblant les points d’étranglement où se produisent les activités illicites, plutôt que d’imposer un contrôle généralisé.
« Une bonne politique ne pénalise pas la décentralisation. Elle protège les consommateurs, préserve l’innovation et combat le financement illicite là où il se manifeste », a-t-elle déclaré.
Summer Mersinger, de la Blockchain Association, partage ce diagnostic et estime que la proposition rendrait la conformité « quasiment impossible » pour les acteurs américains de la DeFi.
Un tournant décisif pour la régulation crypto américaine
Avec cette contre-proposition, les démocrates remettent en cause l’équilibre fragile entre sécurité financière et liberté technologique. Alors que les démocrates cherchent à renforcer le contrôle sur les flux numériques, le risque d’un exode des talents et des capitaux DeFi hors des États-Unis devient bien réel. Si le texte venait à être adopté, il marquerait une rupture historique avec l’approche pro-innovation amorcée sous l’ère Trump, qui ambitionne de faire des États-Unis « la capitale mondiale de la cryptographie ».
L’avenir de la DeFi américaine se joue désormais au Sénat — entre la tentation du contrôle absolu et la promesse d’une innovation ouverte au monde.
