L’Afrique subsaharienne connaît une progression spectaculaire dans l’usage des cryptos, avec une hausse de 52 % des volumes de transactions en un an. Ce dynamisme, nourri par des contextes économiques instables, traduit une mutation profonde des usages monétaires sur le continent.
Un marché en pleine ébullition, malgré un poids global limité
Entre juillet 2024 et juin 2025, la région subsaharienne a enregistré 205 milliards de dollars de transactions en cryptos, selon une étude dévoilée le 10 septembre par Chainalysis, société de référence en analyse blockchain. Cette performance représente une hausse de 52 % par rapport à l’année précédente.
Avec cette progression, l’Afrique subsaharienne se hisse au troisième rang mondial derrière l’Asie-Pacifique et l’Amérique latine. Mais le contraste demeure, car ces volumes ne représentent encore que 2 % du total mondial.
Selon Chainalysis, cette dynamique repose sur des facteurs structurels : inflation élevée, difficultés d’accès au dollar et taux élevé de non-bancarisation. Des conditions qui poussent particuliers et entreprises à explorer des solutions financières alternatives.
Le Nigeria en tête
« Le Nigeria domine largement les échanges, avec plus de 92,1 milliards de dollars enregistrés sur un an », indique le rapport. C’est près de trois fois plus que l’Afrique du Sud, deuxième du classement régional. L’Éthiopie, le Kenya et le Ghana complètent le top 5.
L’inflation persistante, la dévaluation du naira en mars 2025, et les restrictions d’accès aux devises étrangères ont favorisé l’adoption rapide des cryptos. Le bitcoin (BTC) et les stablecoins sont devenus des outils d’épargne et de couverture.
Dans ce contexte, le bitcoin conserve une position dominante, représentant 89 % des achats au Nigeria et 74 % en Afrique du Sud. Il est à la fois utilisé comme réserve de valeur et porte d’entrée vers l’écosystème crypto.
Des usages multiples portés par l’inclusion financière et le commerce
Un autre aspect souligné par Chainalysis concerne l’essor des transactions de faible montant, indicateur fort d’un usage populaire. 8 % des transferts en Afrique subsaharienne sont inférieurs à 10 000 dollars, contre 6 % dans le reste du monde.
Ce chiffre reflète une adoption ancrée dans le quotidien des utilisateurs. L’étude rappelle que malgré l’essor de l’argent mobile, une part importante de la population adulte demeure non bancarisée, notamment en zones rurales. Dans ces environnements, les cryptos remplissent un vide laissé par les institutions financières traditionnelles.
Du côté des entreprises, l’usage s’intensifie également. Au Nigeria et en Afrique du Sud, les exchanges B2B utilisent de plus en plus les stablecoins pour les paiements internationaux, notamment avec l’Asie et le Moyen-Orient. En Afrique du Sud, le cadre réglementaire avancé a permis à plusieurs institutions d’expérimenter la conservation ou l’émission de stablecoins, à l’image d’Absa Bank, engagée dans le développement de produits crypto.
Une transformation structurelle en cours
La progression des cryptos en Afrique subsaharienne ne se limite pas à une mode passagère. Elle traduit une transformation profonde des mécanismes d’échange, d’épargne et de commerce, dans un environnement souvent marqué par l’instabilité monétaire.
« L’Afrique subsaharienne devient un terrain d’expérimentation pour tester l’utilité réelle des cryptos », souligne Chainalysis. Cependant, le chemin reste long. La part de la région dans les volumes mondiaux reste faible. Les défis réglementaires, l’accès aux infrastructures numériques et la protection des utilisateurs doivent encore être relevés.
Mais les signaux sont clairs. Les cryptos en Afrique prennent racine. Et dans un monde où la finance décentralisée cherche encore ses cas d’usage réels, le continent pourrait bien fournir les exemples les plus concrets.
