En 2024, un basculement historique s’est produit dans l’univers crypto africain. Les stablecoins ont détrôné le bitcoin comme principal moyen d’échange numérique en Afrique subsaharienne. Selon une étude récente, leur part dans les transactions dépasse désormais celle de l’actif roi, le signe d’une d’une recherche croissante de protection contre la volatilité. Dans un environnement marqué par des dévaluations monétaires et des tensions économiques, cette mutation illustre un changement profond des habitudes financières.
Des chiffres qui marquent un tournant
Les stablecoins représentent aujourd’hui 43 % des transactions d’actifs numériques en Afrique subsaharienne, contre 18,1 % pour le bitcoin. Un écart significatif qui confirme l’attrait de ces actifs adossés à des monnaies fortes ou à d’autres valeurs stables. Le Nigeria et l’Afrique du Sud dominent l’adoption régionale. Derrière eux, l’Éthiopie, la Zambie, Maurice, le Kenya et le Ghana affichent les progressions les plus rapides. En Éthiopie, l’usage des stablecoins a bondi de 180 % sur un an, conséquence directe de la dévaluation de 30 % du birr en juillet dernier, qui a accéléré la fuite vers des valeurs refuges numériques.
Le Nigeria se distingue par des volumes impressionnants. 20 milliards de dollars de flux entrants en stablecoins, soit 40 % du total de la région. Ce poids économique confirme le rôle central du pays dans l’écosystème crypto africain, où les stablecoins servent autant pour le commerce que pour la préservation de capital.
De petites transactions comme nouveaux moteurs de l’activité crypto
L’étude révèle un essor marqué des transactions de petite et moyenne envergure. Les opérations inférieures à 1 000 dollars ont augmenté de 12,6 %, tandis que les transactions professionnelles (entre 10 000 et 1 million de dollars) ont bondi de 60,4 %. En revanche, les flux institutionnels supérieurs à 10 millions de dollars stagnent, avec seulement 0,2 % de hausse.
Le Nigeria connaît aussi une croissance soutenue de la finance décentralisée (DeFi). « En plus de la montée en popularité des stablecoins, la DeFi connaît un moment fort au Nigeria, reflétant la tendance plus large qui fait de l’Afrique subsaharienne le leader mondial de l’adoption de la DeFi », souligne le rapport. Près de 85 % de la valeur des transferts reçus dans le pays concernent des montants inférieurs à 1 million de dollars, confirmant l’importance des petits utilisateurs et des professionnels dans cette dynamique.
Les auteurs de l’étude estiment que la clarification progressive des cadres réglementaires favorisera l’entrée des institutions sur le marché. Ce mouvement pourrait mener à un modèle hybride, combinant la souplesse des protocoles décentralisés et la sécurité d’une supervision centralisée. Cette convergence ouvrirait la voie à de nouvelles stratégies de rendement et d’arbitrage, tout en renforçant la confiance des investisseurs.
L’essor des stablecoins en Afrique subsaharienne dépasse le simple effet de mode. Il s’agit d’une réponse concrète aux instabilités monétaires et à la volatilité des marchés. En prenant la tête des transactions régionales, ces actifs numériques redéfinissent le paysage financier africain. Si la tendance se confirme, et que la régulation favorise l’entrée des acteurs institutionnels, l’équilibre des forces entre cryptoactifs pourrait encore évoluer au cours des prochaines années.
