Dans un contexte de forte instabilité économique, les stablecoins s’imposent comme un outil vital en Afrique de l’Est et de l’Ouest. À Nairobi comme à Lagos, ces « dollars numériques » ne sont plus une expérience marginale. Ils représentent désormais un levier pour épargner, commercer et envoyer de l’argent à moindre coût.
L’inflation, les transferts coûteux et l’essor des stablecoins
Le Nigéria illustre mieux le phénomène. Entre juillet 2023 et juin 2024, le pays a traité près de 22 milliards de dollars de transactions en stablecoins, soit le plus haut volume de la région. L’inflation, qui atteignait encore 21,88 % en juillet 2025, a poussé particuliers et commerçants vers des alternatives stables pour protéger leur pouvoir d’achat.
Au Kenya, l’inflation se limitait à 4,5 % en août 2025, mais la volatilité du shilling a renforcé l’attrait des devises fortes. L’enjeu est aussi financier : envoyer de l’argent par les circuits classiques coûte en moyenne 8,45 %, contre environ 4 % via les solutions numériques.
Un marché porté par les fintechs et l’argent mobile
Sur le terrain, les fintechs facilitent cette adoption. À Nairobi, Kotani Pay permet de convertir directement des USDC en shillings dépensés via M-Pesa. À Lagos, des commerçants gèrent leur fonds de roulement en USDT afin d’échapper aux pertes liées au naira.
Des acteurs comme Yellow Card, présent dans vingt pays africains, confirment cette tendance : « Aujourd’hui, les stablecoins représentent 99 % de notre activité », souligne la plateforme. D’autres comme Chipper Cash utilisent l’USDC ou la technologie Ripple pour accélérer les paiements transfrontaliers. Ces solutions réduisent les frais et rendent l’usage des stablecoins quasi invisible pour l’utilisateur final.

Des cadres réglementaires en constante évolution
Si l’adoption progresse, le cadre juridique reste mouvant. Au Nigéria, la Banque centrale a levé son interdiction bancaire en 2023 avant de resserrer l’étau en 2024 sur les plateformes P2P et Binance. Depuis janvier 2025, la loi ISA impose de nouvelles obligations d’enregistrement et de transparence. « Le Nigéria est ouvert au commerce des stablecoins, mais à des conditions qui protègent nos marchés », déclarait Emomotimi Agama, directeur général de la SEC, lors du Sommet de Lagos.
Au Kenya, après l’introduction d’une taxe de 3 % sur les actifs numériques en 2023, la réforme fiscale de 2025 a remplacé cette mesure par un droit d’accise de 10 % sur les frais facturés par les VASP, tout en renforçant la TVA et les obligations déclaratives.
Les stablecoins offrent aux Africains un moyen concret de se prémunir contre l’inflation et de fluidifier les transferts de fonds. Mais leur dépendance au dollar et les incertitudes réglementaires soulèvent des inquiétudes. Entre opportunité économique et risque de dollarisation, l’avenir de ces actifs dépendra de l’équilibre entre innovation et contrôle.
