Stripe bouscule la scène crypto avec une annonce inattendue : l’entreprise de paiement déploie Tempo, sa propre blockchain de couche 1. En affirmant que les réseaux existants ne répondent pas aux besoins croissants de transactions en temps réel, son PDG Patrick Collison justifie ce virage stratégique par l’ambition d’atteindre plus de 10 000 transactions par seconde. Mais cette décision suscite déjà de vifs débats au sein de l’écosystème, partagé entre scepticisme et curiosité face à l’arrivée d’un nouvel acteur d’envergure sur le marché des blockchains.
Le lancement de Tempo, la blockchain maison de Stripe
Patrick Collison, PDG de Stripe, a officialisé jeudi le lancement de Tempo, une blockchain de couche 1 pensée pour accompagner la montée en puissance des paiements numériques. Dans un post publié sur X, il a estimé que « les blockchains existantes ne sont pas optimisées » pour absorber l’usage croissant des stablecoins et des cryptos sur la plateforme. Il a précisé que Stripe a besoin d’une infrastructure capable de dépasser les « 10 000 transactions par seconde » lors des pics d’activité.
Pour illustrer cette ambition, Collison a comparé les performances de Tempo aux réseaux majeurs. Selon lui, Bitcoin ne traite qu’environ cinq transactions par seconde, Ethereum une vingtaine, tandis que des solutions plus récentes comme Base et Solana plafonnent autour de 1 000 TPS. Avec Tempo, Stripe veut poser les rails d’un système conçu pour les paiements globaux, les microtransactions, les dépôts tokenisés ou encore les transferts d’agents, avec un atout supplémentaire : des frais libellés en monnaie fiduciaire, afin de faciliter l’adoption auprès du grand public et des institutions.
Une communauté crypto divisée face à Tempo
L’annonce de Stripe n’a pas tardé à provoquer des réactions contrastées. Joe Petrich, responsable ingénierie chez la plateforme NFT Courtyard, a été l’un des premiers à critiquer ce choix : « Personne ne veut d’une autre chaîne », a-t-il affirmé, estimant que « les problèmes évoqués sont déjà résolus » pour les utilisateurs qui s’appuient sur les blockchains existantes. Même tonalité chez Mert Mumtaz, PDG d’Helius Labs et fervent défenseur de Solana, qui a jugé l’argumentaire de Patrick Collison « hilarant de tort sur plusieurs dimensions ». Selon lui, les propos de Stripe sous-estiment largement les performances réelles du réseau Solana.
Les chiffres semblent lui donner raison. Les données du Solana Explorer indiquaient plus de 3 100 transactions par seconde au moment de la publication, loin des limites évoquées par Collison. Mais tous n’ont pas adopté une position critique. Steve Milton, PDG de Fintopia, a salué au contraire « une infrastructure capable de changer la donne », en soulignant que Tempo pourrait offrir une expérience plus rapide, moins coûteuse et fluide pour les paiements on-chain. Même son de cloche du côté de Max Segal, directeur des opérations de Privy, qui a résumé sa perception en une formule simple : « Tempo a l’air bien ici. »
Cette approche vise à rapprocher l’usage des cryptos du quotidien des standards du paiement traditionnel. Mais le projet soulève plusieurs critiques de fond. Certains y voient une redondance dans un secteur déjà saturé en blockchains, d’autres pointent le risque de centralisation ou encore l’opportunité manquée d’exploiter un modèle de couche 2 adossé à Ethereum. À terme, Tempo pourrait néanmoins ouvrir la voie à une nouvelle génération de rails de paiement en crypto, s’il parvient à convaincre un écosystème exigeant et déjà méfiant face aux promesses répétées de scalabilité.