L’Afrique de l’Est accélère sa mutation financière. Tandis que l’Ouganda expérimente une monnaie numérique de banque centrale, le Kenya s’apprête à encadrer légalement les cryptos. Ces deux initiatives, menées presque simultanément, illustrent une volonté régionale de conjuguer innovation technologique et régulation monétaire. Un signal fort pour un continent qui attire déjà l’attention mondiale par son adoption rapide des actifs numériques.
L’Ouganda franchit un cap avec sa CBDC
L’Ouganda vient de lancer un projet pilote de CBDC, une version numérique du shilling national, soutenue par des obligations du Trésor ougandais. Ce programme s’appuie sur la blockchain autorisée de Global Settlement Network (GSN), en partenariat avec le développeur local Diacente Group. Ensemble, les deux acteurs ambitionnent de tokeniser près de 5,5 milliards de dollars d’actifs réels, une première dans la région.
Accessible via smartphone, la CBDC ougandaise respecte les protocoles internationaux de conformité, Know Your Customer (KYC) et Anti-Money Laundering (AML), afin d’éviter tout risque de dérive financière.
Selon Edgar Agaba, président du groupe Diacente, cette initiative vise à créer « une valeur à long terme pour notre peuple et notre région ». Il souligne que l’intégration de la tokenisation et des CBDC dans la feuille de route économique nationale permettra de « renforcer les industries locales » et de stimuler la croissance durable.
Au-delà de la monnaie, le projet s’étend à la numérisation des secteurs clés : infrastructures agroalimentaires, exploitation minière et production solaire. Une manière pour Kampala de démontrer que la CBDC ougandaise n’est pas qu’un outil financier, mais un levier de modernisation économique.
Le Kenya encadre les acteurs crypto par la loi VASP
Pendant que son voisin teste la monnaie numérique, le Kenya finalise son cadre légal pour les actifs numériques. Le projet de loi sur les fournisseurs de services d’actifs virtuels (VASP) a été adopté par le Parlement et attend désormais la signature du président William Ruto pour entrer en vigueur.
Le texte prévoit un système d’octroi de licences pour les exchanges, brokers, opérateurs de wallets et émetteurs de jetons. Il confie à la Banque centrale du Kenya la supervision des fonctions de paiement et de garde, tandis que l’Autorité des marchés des capitaux contrôlera les activités de trading et d’investissement.
Le dispositif introduit aussi des règles strictes de transparence, de protection des consommateurs, ainsi que des mesures contre la publicité trompeuse. Les normes KYC/AML sont alignées sur celles du Groupe d’action financière (GAFI), garantissant un niveau de conformité équivalent à celui des standards internationaux.
Ces avancées réglementaires interviennent dans un contexte d’essor rapide. D’après Chainalysis, l’Afrique subsaharienne a reçu 205 milliards de dollars de valeur on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, se classant troisième région mondiale pour la croissance crypto.
Une Afrique de l’Est en quête d’équilibre entre innovation et régulation
Avec l’expérience du Nigeria, pionnier des CBDC en 2021, et les projets en cours au Ghana, en Afrique du Sud ou au Rwanda, l’Afrique de l’Est confirme son rôle moteur dans la transition numérique monétaire.

L’Ouganda, en choisissant une CBDC adossée à des actifs d’État, mise sur la stabilité et la confiance, tandis que le Kenya préfère encadrer l’écosystème privé pour canaliser son développement. Deux approches complémentaires qui traduisent une même ambition : intégrer la technologie blockchain dans la gouvernance financière du continent.
Reste à savoir si ces modèles pourront attirer durablement capitaux et investisseurs tout en préservant la souveraineté monétaire. Mais une chose est certaine, la CBDC ougandaise et la loi kényane sur les cryptos ouvrent une nouvelle ère pour la finance africaine, entre prudence institutionnelle et audace technologique.
