Dans un contexte de rivalité technologique exacerbée, les États-Unis viennent de franchir une étape inhabituelle. L’administration Trump a conclu un accord qui prévoit de prélever 15 % des revenus générés par la vente de puces d’IA américaines à la Chine. Cette décision, qui mêle enjeux économiques, sécurité nationale et stratégie industrielle, pourrait rapporter plusieurs milliards de dollars au Trésor américain tout en redéfinissant les règles du commerce des semi-conducteurs.
Un accord commercial hors norme à la Maison-Blanche
Mercredi dernier, Jensen Huang, directeur général de Nvidia, a rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche. Selon plusieurs sources proches du dossier, le dirigeant a accepté que son entreprise verse 15 % des revenus liés aux ventes en Chine au gouvernement fédéral. Ce compromis a débloqué la délivrance, par le Département du Commerce, de licences d’exportation pour la puce H20, un modèle d’IA spécialement conçu pour le marché chinois.
L’accord concerne également AMD, dont la puce MI308 avait été interdite de vente en avril. Ensemble, Nvidia et AMD devraient vendre pour environ 15,8 milliards de dollars de puces en Chine d’ici la fin de l’année, ce qui pourrait rapporter plus de 2 milliards de dollars à Washington, d’après Bernstein Research.
Entre stratégie économique et critiques sécuritaires
L’administration Trump justifie cet arrangement par la nécessité de maintenir la compétitivité américaine sur le marché chinois, tout en empêchant Pékin d’accéder aux modèles les plus performants. « Nous ne leur vendons pas nos meilleurs produits, ni nos deuxièmes meilleurs, ni même nos troisièmes meilleurs », a affirmé Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, rappelant que l’objectif est de conserver un avantage technologique.
Cette décision marque toutefois un revirement. En avril, Washington avait interdit ces exportations, craignant que les puces d’IA américaines ne contribuent au développement stratégique de la Chine. Plusieurs anciens responsables de la sécurité nationale dénoncent un « faux pas stratégique » et estiment que la puce H20 reste « un puissant accélérateur » pour les capacités chinoises.
Un précédent aux implications globales
Peu de précédents existent où un gouvernement américain prélève directement un pourcentage sur les ventes de ses entreprises à l’étranger. Ce dispositif s’inscrit dans la ligne interventionniste de Donald Trump, déjà visible dans d’autres opérations comme l’accord avec Nippon Steel ou les menaces de tarifs douaniers de 100 % sur les semi-conducteurs produits hors du territoire.
L’impact de cet accord pourrait dépasser le seul secteur des puces d’IA. Certains experts redoutent que Pékin ne cherche à obtenir des concessions similaires sur d’autres technologies sensibles, comme les équipements de fabrication de semi-conducteurs. À court terme, Nvidia et AMD bénéficient d’un accès régulé au premier marché mondial des semi-conducteurs. Mais à plus long terme, la question reste ouverte sur la capacité de cet équilibre entre rentabilité et sécurité nationale à résister à l’escalade technologique entre les deux superpuissances.
