L’Afrique du Sud va revoir son projet de réglementation des cryptomonnaies après avoir reçu des milliers de commentaires critiques. Le gouvernement souhaite assouplir les procédures d’autorisation des transferts internationaux de cryptoactifs, tout en renforçant les contrôles contre les flux financiers illicites.
Pourquoi l’Afrique du Sud revoit-elle sa réglementation crypto ?
Le ministre sud-africain des Finances, Enoch Godongwana, a annoncé ce changement le 21 octobre 2026, lors de la présentation de sa déclaration de politique budgétaire à moyen terme devant le Parlement.
Le Trésor national et la Banque centrale sud-africaine (SARB) avaient publié, le 17 avril, un projet de réglementation destiné à moderniser le contrôle des mouvements internationaux de capitaux. Ce texte concernait notamment les transactions en bitcoin (BTC) et autres cryptomonnaies.
Mais les propositions ont suscité une importante contestation. Les autorités ont reçu plusieurs milliers de commentaires, sans communiquer leur nombre exact.
Face à ces réactions, Enoch Godongwana a reconnu la nécessité d’adopter une autre approche.
Le ministre souhaite désormais abandonner progressivement le système d’autorisations préalables pour privilégier des vérifications portant sur la légalité des opérations et le respect des obligations fiscales.
Cette évolution ne signifie pas que les autorités renoncent à réglementer les cryptomonnaies. Elles cherchent plutôt à construire un dispositif qui distingue les transactions légitimes des mouvements de capitaux suspects.
Une deuxième version du projet sera soumise à consultation publique. Aucune date précise de publication n’a encore été annoncée.
Quelles restrictions étaient prévues sur les transferts de cryptomonnaies ?
Le projet initial cherchait à intégrer les cryptoactifs au système sud-africain de contrôle des changes.
L’objectif était d’encadrer les mouvements de capitaux effectués grâce aux actifs numériques, notamment lorsque des fonds quittent le territoire national.
En août 2026, le Trésor et la SARB avaient publié un manuel complémentaire pour préciser les obligations des prestataires de services crypto.
Ce document prévoyait notamment plusieurs dispositions :
- L’identification des transferts de cryptoactifs considérés comme internationaux.
- La déclaration de certaines transactions auprès du département de surveillance financière de la SARB.
- Le recours à des prestataires crypto autorisés pour certaines opérations transfrontalières.
- L’application des règles relatives aux transferts de capitaux vers l’étranger.
Les transferts entre plateformes sud-africaines et étrangères figuraient parmi les opérations concernées. Certains mouvements vers des portefeuilles non dépositaires pouvaient également déclencher des obligations déclaratives.
Ces propositions ont soulevé des interrogations sur la liberté des détenteurs de cryptomonnaies et les contraintes administratives imposées aux entreprises du secteur.
Le gouvernement avait toutefois précisé, dès mai, que son objectif n’était ni d’interdire la possession de cryptoactifs ni de criminaliser rétroactivement leur utilisation.
Qu’est-ce qui pourrait changer pour les investisseurs crypto ?
La nouvelle orientation pourrait simplifier certaines opérations internationales pour les particuliers et les entreprises sud-africaines.
L’abandon des autorisations préalables au profit d’un contrôle fondé sur les risques réduirait potentiellement les démarches nécessaires pour réaliser des transactions conformes à la réglementation.
Les plateformes d’échange pourraient également bénéficier de procédures plus adaptées à leurs activités.
Toutefois, ces avantages restent hypothétiques. Les modalités définitives dépendront du nouveau texte et des consultations à venir.
Le gouvernement souhaite maintenir une surveillance des transactions afin de lutter contre le blanchiment d’argent, la fraude fiscale et les transferts financiers illégaux.
Cette approche pourrait aussi renforcer la traçabilité des opérations sans imposer les mêmes contraintes à chaque utilisateur.
Le secteur sud-africain des cryptomonnaies a accueilli favorablement l’annonce. Plusieurs acteurs interrogés par ITWeb estiment qu’une réglementation moins restrictive pourrait préserver la compétitivité des entreprises locales et soutenir l’innovation.
L’enjeu consiste désormais à traduire cette orientation politique en obligations concrètes.
Vers une réglementation crypto plus souple en Afrique du Sud ?
L’Afrique du Sud dispose déjà d’un cadre réglementaire applicable à plusieurs activités liées aux cryptoactifs.
La Financial Sector Conduct Authority (FSCA) supervise notamment les prestataires concernés par la réglementation des services financiers. Les obligations de lutte contre le blanchiment relèvent également du Financial Intelligence Centre.
La réforme annoncée ne remplace pas ces dispositifs. Elle doit compléter les règles existantes pour mieux encadrer les opérations transfrontalières.
Enoch Godongwana souhaite aussi tenir compte des recommandations du Conseil de stabilité financière, une organisation internationale chargée de promouvoir la stabilité du système financier.
Le gouvernement devra donc trouver un équilibre entre la circulation légale des capitaux et la prévention des risques financiers.
Pour les investisseurs sud-africains, le principal changement reste à venir. Tant que les nouvelles dispositions ne seront pas adoptées, l’annonce du ministre ne constitue pas une autorisation générale de transférer librement des cryptomonnaies à l’étranger.



