À Abuja, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu, représenté par son vice-président, a lancé un appel sans détour : les juges doivent désormais comprendre la blockchain pour pouvoir affronter la criminalité financière contemporaine. Ce discours, prononcé devant des magistrats réunis par la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) et l’Institut judiciaire national (NJI), marque un tournant dans l’approche judiciaire du pays.
Tinubu appelle les magistrats à embrasser l’ère numérique
Lors de l’atelier organisé par l’EFCC et le NJI, Bola Ahmed Tinubu, à travers les mots de son vice-président Kashim Shettima, a souligné la nécessité pour le système judiciaire nigérian d’évoluer au même rythme que les technologies utilisées par les criminels. Il a mis en avant la complexité croissante des affaires liées aux cryptos, qui nécessitent une compréhension technique des outils numériques en jeu.
« Comment rendre justice dans une affaire de fraude aux cryptomonnaies si l’on ne se base pas sur de telles bases ? », a-t-il lancé, soulignant ainsi l’importance d’une mise à jour des compétences judiciaires.
Selon Stanley Nkwocha, assistant spécial du vice-président en charge des médias, le président considère l’apprentissage continu comme indispensable. Dans cette optique, Tinubu a déclaré que « apprendre et réapprendre n’est plus un slogan à la mode, mais une démarche essentielle pour conserver sa pertinence à l’ère numérique ».
Cette volonté d’adaptation s’inscrit également dans un objectif plus large de moralisation de l’appareil judiciaire. Tinubu a insisté sur l’intégrité des magistrats, les invitant à résister à toute tentative de compromission, en affirmant : « Votre position privilégiée au sein de la magistrature ne vous protège pas des conséquences de la corruption ».
Une justice ralentie face aux crimes financiers modernes
Au-delà de la formation technique, le chef de l’État a pointé un déséquilibre dans la cadence judiciaire. Selon lui, alors que les affaires de cybercriminalité mineure sont jugées rapidement, les procès impliquant des affaires de corruption de grande ampleur stagnent, alimentant la frustration de nombreux citoyens.
Pour améliorer cette situation, Tinubu plaide pour l’adoption généralisée des technologies numériques dans les procédures judiciaires. L’objectif est de rendre la justice non seulement plus transparente, mais aussi plus rapide et efficace.
Il a par ailleurs rappelé que l’effort en matière de lutte contre la corruption ne peut se faire sans une justice forte, indépendante et soutenue. À cet effet, il a annoncé que son gouvernement œuvre à l’amélioration des conditions de travail des juges et à la consolidation de l’autonomie du système judiciaire.
Cette initiative présidentielle s’inscrit dans une dynamique de transformation numérique du secteur public. Elle reflète aussi une reconnaissance croissante, au Nigéria, du rôle stratégique que jouent les technologies émergentes comme la blockchain dans l’évolution des mécanismes judiciaires et la lutte contre les infractions économiques modernes.

