Ethereum vient d’atteindre un nouveau record sur un indicateur essentiel à sa stratégie de développement. Le 3 septembre, l’utilisation des « blobs », des espaces de données temporaires principalement destinés aux réseaux de Layer 2, a culminé à 6,7 blobs par bloc en moyenne quotidienne. Ce niveau dépasse les précédents sommets enregistrés fin 2025 et témoigne d’une activité croissante des rollups qui s’appuient sur Ethereum.
Le réseau dispose pourtant encore d’une importante marge avant d’atteindre sa capacité cible actuelle de 14 blobs par bloc. Cette progression valide donc en partie la stratégie de scalabilité adoptée depuis Dencun, mais elle relance également le débat sur les ressources nécessaires pour accompagner la croissance technique d’Ethereum.
Ethereum atteint 6,7 blobs par bloc, un niveau inédit
Le nouvel indicateur record a été signalé le 3 septembre par Trent Van Epps, ancien membre de l’Ethereum Foundation et organisateur de Protocol Guild.
La moyenne mobile sur trois jours s’établissait alors à environ 5,9 blobs par bloc. Sur une base quotidienne, l’utilisation est montée jusqu’à 6,7 blobs, au-dessus des précédents pics observés à la fin de l’année 2025.
Cette progression est particulièrement intéressante pour mesurer l’activité des solutions de Layer 2. Contrairement au simple nombre de transactions enregistrées directement sur Ethereum, l’utilisation des blobs donne une indication sur la quantité de données que les rollups transmettent à la blockchain principale.
Plus cette demande augmente, plus les réseaux secondaires utilisent Ethereum comme infrastructure de règlement et de disponibilité des données.
Ce record constitue donc un signal favorable pour la stratégie adoptée par Ethereum ces dernières années. Le réseau a choisi de confier une part croissante des transactions aux Layer 2 plutôt que de chercher à concentrer toute l’activité sur sa chaîne principale.
À quoi servent réellement les blobs d’Ethereum ?
Les blobs ont été introduits en mars 2024 avec la mise à niveau Dencun et l’EIP-4844. Ils répondent à un problème majeur rencontré par les Layer 2, celui du coût de publication de leurs données sur Ethereum.
Des réseaux comme Arbitrum, Optimism ou Base regroupent un grand nombre de transactions hors de la couche principale. Ils doivent ensuite publier les données nécessaires sur Ethereum afin de bénéficier de sa sécurité.
Avant Dencun, cette opération pouvait représenter une dépense importante. Les blobs proposent un espace de stockage temporaire spécialement conçu pour ce besoin.
Chaque blob contient environ 128 Ko de données. Avec une moyenne quotidienne de 6,7 blobs par bloc, le volume théorique approche donc 858 Ko.
Ces données n’ont pas vocation à être conservées indéfiniment par tous les nœuds. Elles disparaissent après une période déterminée, ce qui évite d’alourdir durablement le stockage nécessaire au fonctionnement d’Ethereum.
Cette architecture permet ainsi aux Layer 2 de publier leurs données à moindre coût sans renoncer aux garanties apportées par la blockchain principale.
Les Layer 2 poussent la demande vers un nouveau sommet
La progression des blobs reflète surtout l’importance prise par les rollups dans l’écosystème Ethereum.
Une part croissante de l’activité autrefois réalisée directement sur le Layer 1 passe désormais par des réseaux secondaires. Cette évolution peut parfois donner l’impression d’une activité plus faible sur Ethereum si l’analyse se limite aux transactions de la chaîne principale.
Les données relatives aux adresses actives illustrent d’ailleurs cette nuance. Ethereum comptait environ 595 000 adresses actives le 3 septembre, soit 5,8 % de moins qu’un an auparavant. Le nombre cumulé d’adresses uniques continue toutefois de progresser et dépassait 434 millions au début du mois.
Le record des blobs montre surtout qu’une partie de l’utilisation d’Ethereum s’est déplacée vers une architecture à plusieurs couches.
Les utilisateurs peuvent réaliser leurs opérations sur Base, Arbitrum, Optimism ou d’autres rollups, tandis qu’Ethereum sert en arrière-plan à sécuriser et régler leur activité.
L’adoption du réseau ne peut donc plus être évaluée uniquement à partir du nombre de transactions réalisées directement sur son Layer 1.
Ethereum a multiplié sa capacité depuis Dencun
Le record actuel ne signifie pas qu’Ethereum approche déjà de la saturation. Le réseau a considérablement augmenté sa capacité depuis l’introduction des blobs.
Lors du lancement de Dencun en 2024, la configuration reposait sur une cible de trois blobs et un maximum de six par bloc. Les différentes mises à niveau ont ensuite progressivement relevé ces limites.
Après Pectra puis les augmentations suivantes, Ethereum fonctionne désormais avec une cible de 14 blobs par bloc et un maximum technique de 21. La capacité cible a ainsi été multipliée par plus de quatre par rapport au lancement de Dencun.
Avec une utilisation moyenne de 6,7 blobs, le réseau exploite actuellement environ 40 à 50 % de cette capacité cible.
Cette marge est importante. Elle signifie que la demande peut encore augmenter sensiblement sans provoquer immédiatement une congestion structurelle susceptible de faire fortement grimper le coût d’utilisation des blobs.
Ethereum se retrouve donc dans une situation plutôt favorable. L’activité des Layer 2 atteint un record alors que l’infrastructure dispose encore d’une réserve significative.
Une nouvelle augmentation de capacité est déjà envisagée
Les développeurs réfléchissent néanmoins à l’étape suivante. Une cinquième augmentation pourrait porter la configuration à une cible de 21 blobs et un plafond de 32 par bloc.
L’intérêt apparaît évident pour les rollups. Une capacité supérieure permettrait de conserver davantage d’espace disponible pour publier leurs données et limiterait le risque d’une hausse durable des coûts si leur activité continue de progresser.
Mais augmenter continuellement le nombre de blobs possède aussi un coût technique.
Chaque hausse augmente la quantité de données que les opérateurs de nœuds doivent traiter et la bande passante nécessaire au fonctionnement du réseau. Les développeurs doivent donc trouver un équilibre entre l’amélioration des capacités et le maintien d’une infrastructure suffisamment décentralisée.
Cette question devient d’autant plus importante que les Layer 2 occupent une place centrale dans la feuille de route d’Ethereum.
Le financement des développeurs devient un autre défi
Le principal obstacle à la croissance d’Ethereum pourrait cependant ne pas être uniquement technique.
Trent Van Epps souligne également les difficultés de financement rencontrées par certaines équipes qui développent les clients Ethereum. Ces logiciels jouent un rôle indispensable dans le fonctionnement du réseau, mais leurs développeurs ne bénéficient pas nécessairement de ressources proportionnelles à l’importance économique de l’écosystème.
Protocol Guild cherche précisément à répondre à ce problème. L’organisation permet de financer collectivement les développeurs qui travaillent sur le protocole Ethereum.
La question devient stratégique à mesure que l’infrastructure se complexifie. Davantage de blobs, de capacité et de Layer 2 nécessitent aussi des équipes capables de maintenir les clients, préparer les mises à niveau et assurer la robustesse du protocole.
La croissance de l’usage doit donc s’accompagner d’investissements humains suffisants pour éviter que les ressources consacrées au développement ne deviennent le prochain goulot d’étranglement.
Le record des blobs valide la stratégie de scalabilité d’Ethereum
Le sommet de 6,7 blobs par bloc ne constitue pas simplement un nouveau record technique. Il apporte surtout un indicateur concret de l’utilisation croissante de l’infrastructure Ethereum par les Layer 2.
Depuis Dencun, la blockchain mise sur une architecture dans laquelle les rollups prennent en charge une grande partie des transactions tandis qu’Ethereum fournit la sécurité et la disponibilité des données nécessaires à leur fonctionnement.
La hausse de la demande en blobs montre que cette stratégie gagne en utilisation réelle.
Le réseau reste en outre loin de sa saturation puisque l’activité actuelle représente seulement 40 à 50 % de sa cible de 14 blobs par bloc. Cette réserve pourrait absorber une nouvelle progression des Layer 2 sans nécessiter immédiatement une forte augmentation des coûts.
Le prochain défi sera donc de maintenir cet équilibre. Ethereum doit accompagner la croissance des rollups, augmenter progressivement ses capacités et préserver les ressources nécessaires aux équipes qui développent son infrastructure.
Le record du 3 septembre montre en tout cas que l’adoption d’Ethereum ne se joue plus seulement sur sa chaîne principale. Elle se mesure désormais aussi à toute l’activité que ses Layer 2 ramènent vers elle.




