Le financement de l’IA en Afrique ne repose plus uniquement sur les levées de fonds des startups. Les flux récents montrent trois sources de capitaux qui progressent simultanément : philanthropie, investissements publics ou institutionnels dans les infrastructures et capital-risque privé.
La philanthropie injecte des milliards dans l’IA inclusive
La Gates Foundation vient d’annoncer au moins 1 milliard de dollars sur deux ans pour développer et diffuser des solutions d’intelligence artificielle dans la santé, l’éducation et l’agriculture. Cette enveloppe est mondiale et ne sera donc pas entièrement consacrée à l’Afrique, mais plusieurs programmes financés ciblent directement le continent.
La fondation prévoit d’allouer environ 40 % des fonds à l’éducation, 40 % à la santé, 10 % à l’agriculture et 10 % aux infrastructures numériques nécessaires à une IA plus inclusive. Elle insiste notamment sur les langues sous-représentées et les données locales, deux enjeux importants pour les modèles destinés aux marchés africains.
Cette stratégie avait déjà pris une forme concrète en janvier avec Horizon 1000. OpenAI et la Gates Foundation ont engagé 50 millions de dollars en financement et technologies pour déployer des outils d’IA dans 1 000 centres de santé africains, en commençant par le Rwanda.
Les États veulent financer le socle de l’IA en Afrique
Une deuxième couche apparaît au niveau des infrastructures. En février, la Banque africaine de développement, le PNUD et leurs partenaires ont lancé l’AI 10 Billion Initiative, qui vise à mobiliser jusqu’à 10 milliards de dollars d’ici 2035. L’objectif annoncé couvre les centres de données, les capacités de calcul, les compétences, l’entrepreneuriat et les cadres réglementaires. Il s’agit d’une cible de mobilisation, et non de 10 milliards déjà disponibles.
La BAD a également signé le 9 septembre avec la Corée du Sud une lettre d’intention pour créer un Korea-Africa Hub on Artificial Intelligence. Cette plateforme doit rapprocher gouvernements, institutions financières, universités, centres de recherche et entreprises afin de soutenir le financement et l’adoption de l’IA.
Certains États développent parallèlement leurs propres capacités. L’Afrique du Sud investit par exemple dans le Sebowa Cloud, une infrastructure locale de cloud et de stockage hébergée au Council for Scientific and Industrial Research. Pretoria présente ce type d’investissement comme un moyen de renforcer sa souveraineté sur les données et les infrastructures numériques.
Le capital-risque finance une nouvelle génération de startups
Le troisième étage reste celui du venture capital. En juin, AethexAI, qui développe des technologies vocales adaptées notamment aux accents et dialectes utilisés en Afrique et au Moyen-Orient, a levé 3 millions de dollars en pré-seed. Le tour a été mené par 4DX Ventures avec Enza Capital et plusieurs autres investisseurs.
Le vivier s’élargit. TechCabal Insights recensait en 2025 207 startups d’IA dans 17 pays africains, soit près du double du nombre suivi en 2022. Le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya représentaient à eux seuls 63 % des entreprises recensées, tandis que le Ghana, l’Égypte et la Tunisie formaient également des pôles significatifs.
Les investisseurs restent toutefois plus sélectifs. Ventures Platform a ainsi bouclé en août un deuxième fonds de 84 millions de dollars, destiné à plusieurs secteurs mais avec un intérêt explicite pour les entreprises utilisant l’IA pour réduire leurs coûts ou transformer leur modèle économique. Ses tickets pourront atteindre 3 millions de dollars.
Trois capitaux différents pour construire un même écosystème
Ces flux ne financent pas les mêmes besoins. La philanthropie prend davantage en charge les usages sociaux, les données locales et les marchés que le capital privé juge encore peu rentables. Les États et institutions de développement cherchent surtout à financer le calcul, le cloud, l’énergie, les compétences et la souveraineté numérique. Le venture capital, lui, sélectionne les entreprises susceptibles de construire des modèles économiques rapidement extensibles.
Cette combinaison pourrait devenir déterminante. Le FMI estime que l’IA pourrait augmenter la production économique de l’Afrique subsaharienne d’environ 4 % sur dix ans, mais seulement si la région améliore simultanément l’électricité, la connectivité et les compétences numériques. Sans ces investissements structurels, le gain pourrait rester proche de 0,2 %.
Le financement de l’IA en Afrique évolue donc vers un modèle hybride. La question n’est plus seulement de savoir combien de capitaux arrivent sur le continent, mais quelle partie finance les infrastructures, quelle partie construit des entreprises locales et quelle partie permet aux populations d’accéder réellement aux nouveaux outils.




