Le Maroc accélère ses ambitions dans l’intelligence artificielle avec deux projets d’infrastructures utilisant les technologies de Nvidia. Le plus important, porté par Nexus Core Systems, prévoit un investissement initial de 1,2 milliard de dollars et vise une capacité de 500 mégawatts à terme.
Pourquoi Nvidia s’intéresse-t-il au Maroc ?
Le géant américain des semi-conducteurs a confirmé, le 21 septembre 2026, deux initiatives destinées à renforcer les capacités de calcul nécessaires au développement de l’intelligence artificielle au Maroc.
La première concerne Nexus Core Systems, qui prépare une infrastructure de calcul intensif près de Casablanca. La seconde s’inscrit dans le programme africain de Cassava Technologies, partenaire cloud de Nvidia sur le continent.
Ces projets répondent à une demande croissante de puissance informatique. L’entraînement des modèles d’IA, leur adaptation et leur utilisation nécessitent des processeurs spécialisés, notamment les GPU développés par Nvidia.
Aujourd’hui, de nombreuses entreprises africaines dépendent de centres de données installés à l’étranger pour accéder à ces ressources. Cette situation peut entraîner des coûts supplémentaires et compliquer la maîtrise des données sensibles.
Le Maroc souhaite profiter de sa proximité avec l’Europe, de ses infrastructures de télécommunications et de ses ambitions énergétiques pour attirer ces investissements.
Toutefois, Nvidia intervient principalement comme fournisseur technologique. Les montants annoncés correspondent aux projets de ses partenaires et non à des investissements directement réalisés par le fabricant américain.
Nexus AI Factory : 12 milliards de dirhams d’investissement
Le projet Nexus AI Factory constitue le principal chantier annoncé au Maroc.
Le 8 avril 2026, lors du GITEX Africa à Marrakech, Nexus Core Systems a signé un protocole d’accord avec plusieurs institutions marocaines, notamment le ministère de la Transition numérique et l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations.
Le programme initial prévoit 12 milliards de dirhams d’investissements répartis en deux phases.
La première concerne Nouaceur, près de Casablanca. Elle doit mobiliser 5 milliards de dirhams pour développer une capacité électrique de 16 MW et créer 50 emplois directs.
La deuxième prévoit 7 milliards de dirhams supplémentaires pour installer 20 MW dans le nord du Royaume.
À l’horizon fin 2027, les deux phases doivent donc atteindre 36 MW cumulés et générer 125 emplois directs.
L’ambition de long terme est beaucoup plus importante : Nexus vise une capacité de 500 MW, avec des équipements de calcul avancés, notamment fondés sur les architectures Nvidia Blackwell.
Cette puissance représente toutefois une capacité électrique envisagée, et non une mesure directe des performances informatiques. Aucun calendrier précis n’a été confirmé pour atteindre les 500 MW.
Cassava Technologies prépare aussi son expansion africaine
Le deuxième projet repose sur Cassava Technologies, groupe spécialisé dans les infrastructures numériques africaines.
Déjà engagé dans le développement de capacités de calcul en Afrique du Sud, Cassava prévoit d’étendre son réseau au Maroc, à l’Égypte, au Kenya et au Nigeria.
Le programme continental pourrait représenter jusqu’à 720 millions de dollars d’investissements.
Cette enveloppe concerne plusieurs pays. La part réservée au Maroc n’a pas été détaillée, tout comme l’emplacement exact et la puissance prévue de ses futures installations.
L’objectif est de proposer aux entreprises, administrations et chercheurs africains des ressources informatiques capables d’exécuter et de développer des applications d’intelligence artificielle.
Ces infrastructures pourraient notamment servir à concevoir des solutions dans la santé, l’agriculture, la finance ou les services publics.
Elles pourraient aussi réduire la nécessité de transférer certaines données vers des serveurs situés hors du continent, sous réserve des conditions techniques et contractuelles proposées.
Le Maroc peut-il devenir un hub africain de l’IA ?
Malgré l’ampleur des annonces, plusieurs obstacles restent à franchir.
Le premier concerne l’électricité. Les centres de données spécialisés dans l’IA consomment énormément d’énergie et nécessitent une alimentation stable.
Nexus prévoit de s’appuyer sur un partenariat avec Taqa Morocco pour intégrer une production renouvelable à son projet. Mais le raccordement, le refroidissement et la disponibilité effective de cette énergie restent déterminants.
Le deuxième défi concerne les compétences. Les infrastructures devront s’accompagner de formations spécialisées pour les ingénieurs, développeurs et techniciens marocains.
Enfin, leur rentabilité dépendra de leur utilisation réelle. Construire des centres de données ne suffit pas : encore faut-il attirer des entreprises clientes et proposer une puissance de calcul accessible à des tarifs compétitifs.
Selon une étude publiée par McKinsey en novembre 2025, la demande africaine de capacité de centres de données pourrait atteindre entre 1,5 et 2,2 gigawatts d’ici 2030, contre environ 0,4 gigawatt auparavant. Ces estimations concernent l’ensemble du secteur, pas uniquement l’IA.
Le Maroc dispose donc d’une opportunité économique importante. Mais son ambition de devenir un pôle africain de l’intelligence artificielle dépendra surtout de la mise en service des installations annoncées et de leur capacité à répondre aux besoins du marché.



