Usines d’IA en Afrique : Nvidia et Cassava ciblent 5 pays

Les usines d’IA en Afrique prennent forme autour d’un partenariat entre Cassava Technologies et Nvidia. Après l’Afrique du Sud, le groupe prévoit d’étendre ses infrastructures de calcul accéléré à l’Égypte, au Nigeria, au Maroc et au Kenya, dans le cadre d’un investissement qui pourrait atteindre 720 millions de dollars.

Cassava étend son infrastructure Nvidia à cinq marchés

Cassava Technologies avait annoncé en 2025 son intention de créer ce qu’il présente comme la première « AI Factory » du continent reposant sur les technologies de Nvidia. Le déploiement a commencé en Afrique du Sud, avant une extension programmée dans quatre autres pays.

En mars 2026, l’entreprise confirmait le déploiement de son infrastructure sud-africaine et ses projets pour le Nigeria, le Kenya, l’Égypte et le Maroc. Cassava est également devenu le premier NVIDIA Cloud Partner basé en Afrique, ce qui lui permet de proposer localement de la puissance de calcul utilisant les processeurs graphiques et la pile logicielle du fabricant américain.

Le programme pourrait représenter jusqu’à 720 millions de dollars d’investissements. Ce montant correspond toutefois à une enveloppe potentielle pour le développement du réseau et non à une somme déjà entièrement dépensée dans les cinq pays. Nvidia évoque désormais explicitement cette estimation dans sa communication sur le développement de l’écosystème africain de l’IA.

Pourquoi Nvidia et Cassava misent sur des « usines d’IA »

Une usine d’IA désigne une infrastructure de centres de données spécialement conçue pour entraîner, ajuster et exploiter des modèles d’intelligence artificielle. Elle combine notamment des GPU, du réseau à haut débit et des logiciels spécialisés.

L’enjeu est particulièrement important en Afrique. Nvidia estime que le continent rassemble environ 18 % de la population mondiale, mais moins de 1 % des capacités mondiales de centres de données. De nombreux développeurs africains doivent donc encore utiliser des infrastructures cloud hébergées à l’étranger pour leurs charges de calcul les plus exigeantes.

Cassava veut réduire cette dépendance en proposant ses capacités sous forme de GPU-as-a-Service. Les entreprises, chercheurs et administrations pourront ainsi louer de la puissance de calcul sans financer eux-mêmes des grappes de processeurs extrêmement coûteuses. Le groupe entend notamment connecter ces équipements à son réseau de fibre optique et à ses centres de données africains.

L’Égypte accélère avec Vodafone

L’un des développements les plus récents concerne l’Égypte. En septembre 2026, Vodafone Business et Cassava Technologies ont annoncé un partenariat pour créer une infrastructure nationale d’IA utilisant les technologies de calcul accéléré de Nvidia.

Le projet doit permettre aux entreprises et aux organismes publics de traiter certaines données et applications d’IA localement. L’objectif affiché est notamment de répondre aux enjeux de souveraineté numérique et aux exigences réglementaires liées à l’hébergement des données.

Nvidia indique parallèlement que des infrastructures d’IA sont en cours de mise en service en Afrique du Sud, au Maroc et au Nigeria. Le Kenya reste également inscrit dans le programme d’expansion de Cassava, mais les différents projets n’en sont pas tous au même stade. Parler de cinq usines déjà pleinement opérationnelles serait donc prématuré.

L’Afrique cherche à conserver ses données et ses talents

Au-delà de la puissance informatique, Cassava met en avant la notion d’« IA souveraine ». Héberger les infrastructures localement doit permettre de conserver davantage de données sur le continent et de développer des modèles mieux adaptés aux réalités africaines.

Le groupe cite notamment les langues locales. Ahmed El Beheiry, directeur des opérations et responsable technologique de Cassava, explique vouloir commencer par le swahili avant d’étendre certains travaux au zoulou et à l’afrikaans. L’entreprise présente cette stratégie comme un moyen pour les acteurs africains de devenir producteurs de technologies d’IA plutôt que simples utilisateurs de services développés ailleurs.

L’arrivée de nouvelles capacités ne règle toutefois pas à elle seule le déficit d’infrastructures du continent. Les centres de données dédiés à l’IA nécessitent énormément d’électricité, de connectivité et de capitaux. Mais le mouvement s’accélère : Nvidia recense quatre projets d’usines d’IA annoncés ou mis en service en Afrique en un an et 656 MW de capacités supplémentaires dans le pipeline.

Pour Nvidia, Cassava et les gouvernements concernés, la prochaine bataille consiste désormais à transformer ces investissements en capacité réellement disponible pour les entreprises, les chercheurs et les développeurs locaux.

Jérôme-loick ADEGBOLA
Jérôme-loick ADEGBOLA
Rédacteur tech spécialisé sur l'Afrique, je décrypte la révolution numérique du continent à travers des analyses approfondies. Cryptomonnaies, blockchain, intelligence artificielle : mes articles explorent comment ces technologies transforment l'économie, la gouvernance et la société africaines.

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