L’IA au Maroc franchit une nouvelle étape avec deux projets d’infrastructures utilisant les technologies de Nvidia, dont la Nexus AI Factory près de Casablanca. Contrairement à certaines présentations, le fabricant américain de puces n’annonce toutefois pas un investissement direct de 1,8 milliard de dollars dans le Royaume.
Une AI Factory de 1,2 milliard de dollars près de Casablanca
Dans un point publié le 21 septembre, Nvidia a mis en avant la montée en puissance des infrastructures d’intelligence artificielle en Afrique. Le groupe cite notamment la Nexus AI Factory, développée par Nexus Core Systems au Maroc, avec un investissement initial évalué à 1,2 milliard de dollars et une capacité appelée à atteindre 500 mégawatts.
Le projet avait été officiellement lancé en avril lors du Gitex Africa Morocco 2026. Un protocole d’accord avait alors été signé entre Nexus Core Systems, le ministère marocain de la Transition numérique, celui de l’Investissement et l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations.
Le schéma annoncé par Rabat prévoit d’abord deux phases totalisant 12 milliards de dirhams. Cinq milliards doivent financer un premier site de 16 MW à Nouaceur, puis sept milliards supplémentaires une extension de 20 MW dans le nord du pays. La capacité cumulée doit ainsi atteindre 36 MW d’ici fin 2027.
La perspective de 500 MW citée par Nvidia correspond donc à l’ambition de développement à plus long terme et non à la capacité immédiatement disponible.
Nvidia fournit la technologie, mais ne finance pas seul le projet
La nuance est importante. Il ne s’agit pas d’un investissement de 1,2 milliard de dollars réalisé directement par Nvidia. La Nexus AI Factory est portée par Nexus Core Systems et repose sur un écosystème de partenaires comprenant notamment les autorités marocaines et des acteurs technologiques internationaux.
Nvidia intervient principalement comme fournisseur de technologies de calcul accéléré. Son blog précise que l’infrastructure utilisera ses systèmes Blackwell et s’appuiera notamment sur une alimentation renouvelable fournie par TAQA Morocco.
Pour Rabat, l’objectif dépasse la construction d’un simple data center. L’installation doit réunir calcul haute performance, services spécialisés, transfert de compétences et innovation. La ministre de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, estime que le projet contribue au « renforcement des capacités du Royaume » dans le numérique et l’intelligence artificielle.
Cassava prépare aussi des capacités de calcul au Maroc
Le second projet cité par Nvidia est porté par Cassava Technologies, son premier partenaire cloud en Afrique. Le groupe a déjà commencé à déployer des infrastructures de calcul accéléré en Afrique du Sud et prévoit une extension vers le Maroc, l’Égypte, le Kenya et le Nigeria.
L’investissement associé pourrait atteindre 720 millions de dollars. Mais ce montant concerne l’ensemble du programme africain, et non le seul Maroc. Bloomberg indiquait dès avril 2025 que Cassava envisageait de mobiliser jusqu’à 720 millions de dollars pour déployer des systèmes Nvidia dans ces cinq pays.
Aucun montant précis n’a encore été communiqué pour la composante marocaine. Nvidia n’a pas non plus détaillé publiquement la localisation du futur site, sa puissance ou son calendrier de mise en service. Additionner les 720 millions de dollars aux 1,2 milliard de la Nexus AI Factory pour annoncer près de 1,9 milliard de dollars investis au Maroc serait donc trompeur.
L’IA au Maroc devient un axe industriel stratégique
Ces projets s’insèrent dans la stratégie « Morocco AI 2030 ». Le gouvernement veut générer 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée grâce à l’IA d’ici 2030, créer 50 000 emplois directs et indirects et former ou certifier 200 000 talents.
L’enjeu est aussi celui de la souveraineté numérique. Nvidia estime que l’Afrique représente encore moins de 1 % des capacités mondiales de centres de données, ce qui oblige de nombreux développeurs à utiliser des infrastructures situées hors du continent.
Pour le Maroc, accueillir davantage de puissance de calcul pourrait faciliter l’entraînement et le déploiement local de modèles d’IA, soutenir les entreprises technologiques et attirer de nouveaux investissements. Le véritable test sera désormais la réalisation effective des capacités annoncées, leur accès aux acteurs locaux et leur montée en puissance au-delà des premières phases déjà programmées.





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