Data centers IA en Afrique : éviter le piège de l’eau

L’essor des data centers IA en Afrique promet de renforcer la souveraineté numérique du continent, mais il soulève une question rarement mise au premier plan : l’eau. Les tensions observées aux États-Unis et le durcissement européen montrent qu’un centre de données mal implanté peut rapidement entrer en concurrence avec les besoins des populations et des autres activités économiques.

Aux États-Unis, l’eau devient un sujet politique

L’expansion rapide des infrastructures destinées à l’intelligence artificielle a changé l’échelle du problème américain. Selon le Lawrence Berkeley National Laboratory, les data centers américains ont consommé directement environ 66 milliards de litres d’eau en 2023. Les seuls sites hyperscale pourraient en utiliser entre 60 et 124 milliards de litres en 2028.

À cette consommation directe s’ajoute celle liée à la production d’électricité. Le laboratoire estime à près de 800 milliards de litres l’empreinte hydrique indirecte de l’électricité consommée par les data centers américains en 2023. Le chiffre varie fortement selon le mix énergétique local et les technologies utilisées dans les centrales.

Ces pressions commencent à peser sur les décisions publiques. Au Texas, le gouverneur Greg Abbott a suspendu en septembre 2026 de nouveaux permis délivrés par l’État aux data centers, le temps d’évaluer leur impact sur le réseau électrique. Les inquiétudes locales portent également sur leur consommation d’eau et les coûts d’infrastructure supportés par les collectivités.

L’Europe impose progressivement plus de transparence

L’Union européenne emprunte une autre voie : mesurer avant de réglementer davantage. Le 21 septembre, la Commission européenne a proposé un système commun de notation qui obligerait notamment les grands data centers à mieux documenter leur efficacité énergétique et hydrique ainsi que leur exposition au stress hydrique local.

Cette évolution intervient alors que Bruxelles veut accélérer massivement ses capacités de calcul pour l’IA. Selon Reuters, la capacité européenne des data centers pourrait passer d’environ 12 GW en 2025 à 28 GW en 2030. Les installations représentent déjà près de 2,5 % de la consommation électrique de l’Union.

L’enseignement pour l’Afrique est important. L’enjeu ne consiste pas seulement à savoir combien de mégawatts un projet consommera. Les autorités doivent aussi connaître sa consommation d’eau potable, son système de refroidissement, ses prélèvements durant les périodes sèches et la pression exercée sur le bassin hydrographique où il sera installé.

L’Afrique ne peut pas reproduire les mêmes erreurs

Le continent entre précisément dans une phase d’expansion. Microsoft et G42 ont notamment annoncé au Kenya un investissement d’un milliard de dollars comprenant un campus de data centers à Olkaria, alimenté par la géothermie et conçu, selon les partenaires, avec des technologies destinées à économiser l’eau. MTN prépare de son côté des infrastructures adaptées à l’IA en Afrique du Sud et au Nigeria.

Mais la situation hydrique varie profondément d’un pays à l’autre. Le World Resources Institute estime que la demande en eau en Afrique subsaharienne pourrait augmenter de 163 % d’ici 2050, soit la progression régionale la plus rapide au monde. L’Afrique du Nord fait déjà partie des zones exposées à un stress hydrique particulièrement élevé.

Construire des capacités numériques sans intégrer cette contrainte dès la planification pourrait donc déplacer le problème plutôt que créer uniquement de la valeur.

Refroidissement fermé et eau recyclée comme prérequis

La technologie offre déjà plusieurs solutions. Microsoft indique que ses nouveaux data centers optimisés pour l’IA utilisent des circuits fermés de refroidissement liquide qui recirculent l’eau et évitent son évaporation pendant le fonctionnement. Le groupe affirme avoir réduit de près de 90 % l’intensité hydrique de ses infrastructures depuis ses premières générations de centres de données.

Pour les pays africains, la leçon américaine et européenne tient donc moins à un rejet des data centers qu’à leur encadrement. Les permis pourraient intégrer des indicateurs de consommation d’eau, des études de stress hydrique local, le recours aux eaux recyclées lorsque cela est possible et des obligations de publication régulière.

L’Afrique dispose encore d’un avantage : une grande partie de ses infrastructures IA reste à construire. Elle peut donc intégrer ces contraintes dès leur conception, plutôt que devoir corriger après coup des implantations devenues difficiles à soutenir.

Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur tech spécialisé sur l'Afrique, je décrypte la révolution numérique du continent à travers des analyses approfondies. Cryptomonnaies, blockchain, intelligence artificielle : mes articles explorent comment ces technologies transforment l'économie, la gouvernance et la société africaines.

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