L’IA en Afrique pourrait ajouter jusqu’à 1 000 milliards de dollars au PIB du continent d’ici 2035, selon la Banque africaine de développement (BAD). Réunis à Séoul, des responsables africains et sud-coréens ont toutefois reconnu que ce potentiel dépendra d’investissements massifs dans l’électricité, les infrastructures numériques, les données et les compétences.
L’IA en Afrique au cœur du partenariat avec la Corée du Sud
La huitième Conférence ministérielle de la Coopération économique Corée-Afrique (KOAFEC), organisée du 8 au 11 septembre à Séoul, a réuni environ 800 participants et des représentants de 45 pays africains. Pour son vingtième anniversaire, le forum avait choisi un thème centré sur l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques.
Le 9 septembre, la Corée du Sud, les pays africains participants et la BAD ont adopté une déclaration commune ainsi qu’un plan d’action couvrant 2027 et 2028. L’objectif consiste à accélérer les investissements dans l’IA, les infrastructures numériques et le capital humain, tout en utilisant davantage les technologies numériques pour soutenir l’industrialisation et l’emploi.
La BAD chiffre l’enjeu à un niveau considérable. Selon ses estimations, l’intelligence artificielle pourrait apporter jusqu’à 1 000 milliards de dollars supplémentaires au PIB africain à l’horizon 2035, soit près de 4 % de croissance additionnelle. Ce scénario reste cependant conditionnel et ne constitue pas une prévision garantie.
Cinq conditions pour transformer le potentiel en croissance
Pour la BAD, cinq piliers détermineront la capacité des économies africaines à capter ces gains : la puissance de calcul, les données, les compétences, la confiance et le financement. L’accès à une connexion abordable et à une électricité fiable reste également déterminant pour diffuser les usages de l’IA au-delà des grandes entreprises et des principales métropoles.
La Banque mondiale formule un diagnostic comparable. Son Rapport sur le développement dans le monde 2026 estime que l’IA peut accroître fortement la productivité des économies en développement, mais avertit que les déficits d’électricité, d’accès à Internet, de compétences et d’institutions peuvent au contraire accentuer les écarts existants. En Afrique subsaharienne, près d’un tiers des écoles rurales ne disposent toujours pas d’une électricité fiable et plus des deux tiers manquent d’une connexion Internet suffisamment stable.
La question n’est donc pas seulement de développer des modèles avancés. La Banque mondiale recommande plutôt aux économies en développement d’adopter des outils existants, de les adapter aux langues et besoins locaux, puis de renforcer progressivement leurs capacités technologiques.
Un hub Corée-Afrique consacré à l’intelligence artificielle
Les discussions de Séoul ont débouché sur plusieurs dispositifs. La Corée du Sud et la BAD ont notamment signé une lettre d’intention pour créer un Hub Corée-Afrique sur l’intelligence artificielle. Cette plateforme doit réunir gouvernements, institutions financières, universités, centres de recherche et entreprises autour de projets numériques et de leur financement.
La BAD a également conclu un accord avec le Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST). La coopération prévoit des formations, des travaux de recherche, des ateliers techniques et des échanges d’expertise sur les technologies émergentes. Un autre accord signé avec la National Information Society Agency sud-coréenne doit porter notamment sur la gouvernance des données, la constitution de bases adaptées à l’IA et les infrastructures publiques numériques.
Le volet financier reste central. La BAD et la Korea Eximbank ont renouvelé pour cinq ans leur cadre de coopération afin de faciliter le financement de projets dans l’IA, le numérique, l’énergie, les transports et d’autres secteurs stratégiques.
Le passage à l’échelle reste le principal défi
La coopération part déjà d’une base financière existante. Au 31 mai 2026, les contributions cumulées de la Corée au fonds fiduciaire KOAFEC atteignaient 132,82 millions de dollars. Environ 50 millions consacrés à l’assistance technique et à la préparation de projets ont contribué à plus de 40 opérations représentant plus de 6 milliards de dollars d’investissements, selon la BAD.
Ces chiffres montrent toutefois l’écart entre les programmes actuels et un gain potentiel de 1 000 milliards de dollars. Pour convertir cette estimation en croissance réelle, les pays africains devront surtout parvenir à diffuser l’IA dans les entreprises, l’agriculture, la santé, l’éducation et les services publics.
Le sommet de Séoul marque ainsi un passage des déclarations générales vers des mécanismes de coopération plus concrets. Mais le véritable test se jouera dans l’exécution : accès à l’électricité, centres de données, financement des entreprises locales, formation des ingénieurs et capacité à développer des solutions adaptées aux réalités africaines détermineront si le potentiel annoncé devient réellement de la richesse supplémentaire.




