IA en Afrique : les administrations entrent dans la bataille

L’intelligence artificielle pourrait ajouter jusqu’à 1 000 milliards de dollars au PIB africain d’ici 2035, mais cette projection dépend notamment des compétences disponibles et de la qualité de la gouvernance. Pour préparer les administrations à cette mutation, la Banque africaine de développement, le PNUD, Google et Apolitical viennent de lancer une formation gratuite destinée aux agents publics du continent.

L’IA en Afrique passe aussi par les services publics

Le programme a été annoncé le 25 septembre 2026, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies à New York. Il doit aider les fonctionnaires et responsables publics africains à comprendre les possibilités offertes par l’intelligence artificielle, mais aussi ses risques et les conditions nécessaires à son utilisation dans l’administration.

La formation s’inscrit dans le Government AI Campus développé par Apolitical. Elle comprend notamment des modules consacrés aux fondamentaux de l’IA pour les fonctionnaires, au leadership dans les administrations et à l’utilisation de ces outils pour améliorer les marchés publics.

Les contenus ont été développés avec Stanford University Online et la SDA Bocconi School of Management. Google et Apolitical fournissent la plateforme d’apprentissage et une partie des contenus pédagogiques.

La formation se déroule en ligne et au rythme de chaque participant. Elle est ouverte gratuitement aux agents publics en exercice des pays membres régionaux de la Banque africaine de développement travaillant notamment sur les services publics, les infrastructures numériques, l’innovation ou les partenariats public-privé.

La BAD mise sur 1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire

Cette initiative découle d’un rapport publié par la Banque africaine de développement en décembre 2025. Selon cette étude réalisée par Bazara Tech, un déploiement inclusif de l’IA pourrait générer jusqu’à 1 000 milliards de dollars de PIB supplémentaire en Afrique d’ici 2035.

Il s’agit toutefois d’une projection conditionnelle, et non d’un gain économique garanti. La BAD estime que cinq éléments doivent progresser simultanément : les données, la puissance de calcul, les compétences, la confiance dans les systèmes et les capitaux nécessaires aux investissements.

Les bénéfices attendus seraient également très inégalement répartis entre les secteurs. L’agriculture représenterait 20 % des gains potentiels, devant le commerce de gros et de détail à 14 %, l’industrie à 9 %, la finance à 8 % et la santé à 7 %. À eux seuls, ces cinq domaines pourraient concentrer environ 580 milliards de dollars de valeur supplémentaire.

Former les fonctionnaires devient un enjeu stratégique

Pour la BAD, la technologie seule ne suffira donc pas. Les administrations joueront un rôle central puisqu’elles devront choisir les règles, organiser les marchés publics, protéger les données et décider des usages acceptables de l’intelligence artificielle.

« Le développement de cette compréhension au sein des administrations a été négligé », reconnaît Ousmane Fall, directeur du département du Développement industriel et commercial de la Banque. Selon lui, la formation doit précisément combler ce retard.

Le PNUD insiste de son côté sur le renforcement des capacités institutionnelles et techniques. Cette approche rejoint la stratégie continentale de l’Union africaine, qui défend une IA centrée sur les priorités africaines, le développement et une utilisation responsable des technologies.

La question dépasse donc la simple maîtrise d’outils génératifs. Elle concerne aussi la capacité des États à évaluer les systèmes qu’ils achètent, à contrôler leurs données et à éviter de dépendre entièrement de solutions conçues hors du continent.

L’IA en Afrique doit encore franchir l’étape du déploiement

Les initiatives s’accélèrent déjà. En février 2026, la BAD et le PNUD ont annoncé une initiative visant à mobiliser jusqu’à 10 milliards de dollars d’ici 2035 pour accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle et soutenir jusqu’à 40 millions de nouveaux emplois. Là encore, il s’agit d’objectifs à atteindre, et non de financements ou d’emplois déjà réalisés.

La BAD a également renforcé en septembre sa coopération avec la Corée du Sud autour des données, des infrastructures publiques numériques et de la formation des responsables publics.

L’enjeu est désormais de passer des annonces à l’utilisation concrète. Si les administrations africaines parviennent à développer leurs compétences, leurs infrastructures et leurs propres cadres de gouvernance, elles pourraient peser directement sur la façon dont l’IA transforme les économies du continent. Sans ces fondations, le potentiel de 1 000 milliards de dollars restera surtout une projection.

Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur tech spécialisé sur l'Afrique, je décrypte la révolution numérique du continent à travers des analyses approfondies. Cryptomonnaies, blockchain, intelligence artificielle : mes articles explorent comment ces technologies transforment l'économie, la gouvernance et la société africaines.

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