Le Bénin ne veut plus seulement consommer les technologies conçues ailleurs. Avec sa stratégie nationale, Sèmè City et de nouveaux investissements dans les talents et les infrastructures, le pays affiche désormais l’ambition de devenir l’un des pôles de l’intelligence artificielle en Afrique.
Le Bénin a pris une longueur d’avance sur la stratégie
La première force du Bénin tient à la précocité de sa planification. Dès janvier 2023, le gouvernement adoptait sa Stratégie nationale d’intelligence artificielle et des mégadonnées 2023-2027. Elle cible notamment l’éducation, la santé, l’agriculture, le tourisme et l’amélioration des services publics. Son coût prévisionnel avait alors été évalué à 4,68 milliards de FCFA.
Trois ans plus tard, l’IA n’est plus présentée comme un simple volet de la transformation numérique. Le ministère de la Transformation digitale et de l’Innovation porte désormais explicitement la stratégie nationale d’intelligence artificielle. Cette organisation institutionnelle traduit une volonté claire : faire de l’IA un sujet économique et stratégique à part entière.
Le choix paraît pertinent. Dans la course africaine à l’IA, les pays capables de définir rapidement leurs priorités peuvent concentrer leurs moyens sur quelques secteurs plutôt que tenter de reproduire les modèles américains ou chinois.
Sèmè City doit fabriquer les talents de l’IA
L’autre pièce maîtresse se trouve à Sèmè City. Le projet développe à Ouidah un campus de 360 hectares conçu pour accueillir, à terme, plus de 30 000 étudiants, chercheurs et entrepreneurs. L’institution indique déjà avoir formé ou accompagné plus de 5 000 talents, dont plus de 1 800 jeunes dans l’IA, le coding et le design.
En 2026, cette stratégie s’est renforcée avec les premières Olympiades nationales d’intelligence artificielle. Cent cinquante collégiens et lycéens ont participé à la phase nationale. Huit ont ensuite représenté le pays aux Olympiades internationales organisées à Astana. Le Bénin y a obtenu une médaille de bronze et une mention honorable, terminant troisième au niveau africain selon le gouvernement.
Sèmè City travaille également à la mise en place du Benin AI Innovation Lab, présenté comme l’un des premiers dispositifs nationaux consacrés à l’IA et à la robotique.
Former tôt, créer des laboratoires et rapprocher étudiants, chercheurs et entreprises constitue sans doute le meilleur pari du pays. Un hub technologique ne se décrète pas. Il se construit d’abord avec une masse critique de compétences.
L’infrastructure reste le véritable test
Le défi devient toutefois plus difficile lorsqu’on quitte la formation pour entrer dans l’économie industrielle de l’IA. Développer des modèles avancés exige des centres de données, une électricité fiable, des capacités de calcul coûteuses, des réseaux performants et de grandes quantités de données exploitables.
Le gouvernement semble avoir identifié ce verrou. Le 24 septembre 2026, à New York, le ministre Mahuna Akplogan a participé à des discussions entre l’Union africaine et Google sur le partage des capacités de calcul, les infrastructures de données, la formation et la constitution de jeux de données africains. Des échanges avec le Rwanda, le Nigeria et le Zimbabwe ont également porté sur les infrastructures d’IA et la souveraineté technologique.
C’est probablement sur ce terrain que se jouera la crédibilité de l’ambition béninoise. Former des développeurs est nécessaire. Leur donner localement accès au calcul, aux données et aux financements nécessaires pour créer des entreprises exportatrices l’est tout autant.
Devenir un hub africain suppose de dépasser les annonces
Le Bénin bénéficie aussi d’un positionnement diplomatique intéressant. Cotonou a accueilli en novembre 2025 un sommet régional consacré à la transformation numérique en Afrique de l’Ouest et centrale. La Déclaration de Cotonou fixe notamment des objectifs communs sur le haut débit, les infrastructures numériques publiques, la cybersécurité et la gouvernance de l’IA.
Mais devenir un « hub africain » exige davantage qu’une stratégie publique. Le pays devra faire émerger des start-up capables de vendre leurs solutions hors de ses frontières, attirer des chercheurs internationaux, retenir ses meilleurs ingénieurs et transformer l’IA en gains mesurables dans la santé, l’agriculture, l’éducation ou l’administration.
Le Bénin a donc posé plusieurs fondations cohérentes. Il serait prématuré de le présenter déjà comme un centre majeur de l’IA africaine. Son avantage réside plutôt dans la cohérence de son pari : stratégie nationale, formation précoce, écosystème d’innovation et recherche de capacités technologiques souveraines. La prochaine étape sera la plus importante : transformer cette ambition en entreprises, emplois, infrastructures et solutions exportables.



