La Banque africaine de développement (BAD) et la National Information Society Agency (NIA) sud-coréenne veulent renforcer leur coopération autour de l’IA en Afrique et des infrastructures numériques. Leur accord ouvre plusieurs pistes, de la gouvernance des données à la formation, mais ne constitue pas encore un programme d’investissement doté d’une enveloppe spécifique.
La BAD et la NIA signent un accord pour trois ans
La BAD et la NIA ont signé à Séoul une lettre d’intention destinée à encadrer leur coopération dans l’intelligence artificielle et la transformation numérique. L’accord a été conclu le 9 septembre, en marge de la 8e conférence ministérielle Korea-Africa Economic Cooperation (KOAFEC), organisée du 8 au 11 septembre.
Ousmane Fall, directeur du département du développement de l’industrie et du commerce de la BAD, et Yoon-Seok Ko, vice-président de la NIA, ont signé le document. Celui-ci porte sur une période initiale de trois ans.
La nuance est importante. Les deux institutions ont signé une lettre d’intention et non un accord annonçant immédiatement des investissements d’un montant déterminé. Elles établissent un cadre dans lequel des projets pourront être identifiés, préparés puis éventuellement financés.
Données, infrastructures et services publics au cœur du projet
Plusieurs domaines sont déjà ciblés. La BAD et la NIA veulent notamment travailler sur la gouvernance des données et la création de jeux de données adaptés à l’entraînement ou au déploiement de systèmes d’intelligence artificielle. Les infrastructures publiques numériques figurent également parmi les priorités.
La coopération pourrait aussi prendre la forme de programmes de formation et d’assistance technique destinés aux ingénieurs et aux responsables du secteur public. L’objectif affiché consiste à utiliser l’IA pour améliorer les services publics, soutenir l’innovation et favoriser l’entrepreneuriat. Le déploiement d’infrastructures numériques supplémentaires fait également partie des possibilités étudiées.
La NIA apporte sur ce terrain l’expérience sud-coréenne en matière de politiques numériques. Selon la BAD, l’agence a déjà partagé son expertise avec environ 137 pays. La banque panafricaine doit, de son côté, identifier les priorités des pays africains et contribuer à mobiliser les financements nécessaires.
Jusqu’à 1 000 milliards de dollars de PIB grâce à l’IA ?
La BAD estime que l’intelligence artificielle pourrait apporter jusqu’à 1 000 milliards de dollars supplémentaires au PIB africain à partir de 2035. Ce chiffre constitue toutefois un potentiel économique conditionnel et non une prévision garantie.
Sa réalisation dépendrait notamment des investissements dans l’électricité, la connectivité abordable, les centres de données, les capacités de calcul et la formation. Les politiques publiques et les règles encadrant les données et l’IA devront également évoluer.
Cette dimension était au centre de la conférence KOAFEC. Les participants ont adopté un plan d’action 2027-2028 comprenant 13 initiatives. Parmi elles figurent un projet régional de « Data Embassy » en Sierra Leone, des crédits de calcul destinés aux start-up africaines spécialisées dans l’IA, une plateforme de ville intelligente à Kigali et un accélérateur de talents en Gambie. Des projets concernent également la télémédecine en Afrique centrale, l’agriculture numérique au Zimbabwe et en Angola ou encore les infrastructures en Zambie et au Rwanda.
La Corée veut élargir son rôle dans la transformation numérique africaine
Le rapprochement avec la NIA s’inscrit dans une coopération beaucoup plus ancienne. La Corée du Sud a rejoint le Fonds africain de développement en 1980 puis la BAD en 1982. En 2006, les deux partenaires ont créé le fonds KOAFEC, entièrement financé par Séoul.
Au 31 mai 2026, les contributions cumulées de la Corée à ce fonds atteignaient 132,82 millions de dollars. Environ 50 millions ont été consacrés à l’assistance technique et à la préparation de projets. D’après la BAD, ces ressources ont contribué à plus de 40 opérations et programmes représentant plus de 6 milliards de dollars et à la mobilisation d’au moins 4 milliards de financements.
Le fonds aurait également soutenu plus de 1 300 start-up et entrepreneurs, bénéficié à plus de 1 200 entreprises et contribué à créer plus de 5 000 emplois, selon la banque.
La nouvelle coopération autour de l’IA reste donc à un stade préparatoire, mais elle précise les priorités. Son véritable test viendra désormais des projets effectivement financés, des pays retenus et de la capacité à construire les infrastructures énergétiques, numériques et humaines nécessaires pour transformer les ambitions affichées à Séoul en usages concrets.





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