La Corée du Sud veut proposer aux pays africains une offre intégrée associant intelligence artificielle, data centers, électricité et accès au cloud. Présenté à Séoul lors de la conférence KOAFEC 2026, le « K-AI Package » doit transformer la coopération numérique en projets financés et adaptés aux priorités de chaque État.
Le K-AI Package combine data centers, énergie et IA
Séoul ne veut pas limiter son offre à la fourniture de logiciels ou d’équipements informatiques. Le K-AI Package associe des solutions d’intelligence artificielle à la construction de data centers et aux infrastructures électriques nécessaires à leur fonctionnement. Ces projets pourront notamment s’appuyer sur l’Economic Development Cooperation Fund (EDCF), l’instrument sud-coréen de financement concessionnel.
Le gouvernement sud-coréen a présenté cette approche lors de la 8e conférence ministérielle Korea-Africa Economic Cooperation, organisée du 8 au 11 septembre à Séoul. Des représentants de 45 pays africains y ont participé, aux côtés de la Banque africaine de développement (BAD), d’institutions financières et d’entreprises.
Le ministre sud-coréen des Finances, Koo Yun-cheol, a insisté sur la nécessité de dépasser la simple fourniture d’infrastructures. « Cela ne peut pas être obtenu simplement en achetant des ordinateurs ou en construisant des data centers », a-t-il expliqué, en mettant en avant l’expérience industrielle et technologique de son pays.
Des crédits cloud pour les start-up africaines
La stratégie comprend également un programme baptisé « K-AI Cloud Voucher ». Il doit permettre à des start-up africaines d’accéder à des infrastructures cloud sud-coréennes utilisant notamment des processeurs GPU et NPU adaptés aux calculs liés à l’intelligence artificielle.
Séoul et ses partenaires prévoient aussi le développement de data centers modulaires adaptés aux contraintes locales. Le plan d’action KOAFEC 2027-2028 mentionne parallèlement des modèles d’IA capables de mieux prendre en compte les langues et les cultures africaines, ainsi que des applications dans l’agriculture, la santé, l’énergie et les transports.
Cette approche répond à une faiblesse structurelle du continent. Selon la BAD, l’Afrique représente moins de 2 % de la capacité mondiale des data centers. Une grande partie des données produites localement reste donc hébergée à l’étranger, avec des conséquences sur les coûts, la latence et la souveraineté numérique.
L’électricité reste indispensable au développement de l’IA
L’intégration de l’énergie distingue particulièrement l’offre sud-coréenne. Un data center destiné à l’IA exige non seulement des capacités de calcul importantes, mais également une alimentation électrique fiable et continue. Dans plusieurs pays africains, les insuffisances des réseaux constituent encore un obstacle majeur au déploiement d’infrastructures numériques lourdes.
Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, a ainsi rappelé que l’intelligence artificielle dépend d’un écosystème regroupant énergie, connectivité, données, compétences et cadre réglementaire. La Banque estime que l’IA pourrait contribuer jusqu’à 1 000 milliards de dollars au PIB africain à partir de 2035, à condition que les investissements indispensables soient réalisés.
La proposition coréenne cherche donc à traiter plusieurs contraintes simultanément. L’objectif affiché est d’éviter de financer un data center sans disposer de l’électricité, de la connectivité ou des compétences nécessaires à son exploitation.
Séoul veut transformer KOAFEC en projets concrets
La conférence a débouché sur une déclaration commune et un plan d’action pour 2027-2028. Treize projets financés par le KOAFEC Trust Fund ont été approuvés dans des domaines comprenant l’IA, la transformation numérique, l’énergie, l’agriculture, l’éducation et la santé.
La Corée du Sud cherche aussi à mobiliser son secteur privé. Environ 90 entreprises coréennes ont participé au Business Innovation Forum organisé pendant la conférence, où les discussions ont porté sur les infrastructures électriques, les data centers et les écosystèmes de start-up.
Le K-AI Package reste toutefois un cadre de coopération plutôt qu’un programme uniforme déjà déployé dans tous les pays africains. Les projets devront être identifiés et négociés avec les gouvernements concernés, puis financés selon leurs besoins. Séoul présente ainsi son modèle comme une offre à la carte, avec l’ambition de relier financement, énergie, capacités de calcul et usages de l’IA dans une même stratégie.




