L’IA en Afrique entre dans une nouvelle phase. Après avoir longtemps dépendu de capacités de calcul louées à l’étranger, plusieurs pays et groupes africains investissent désormais dans des data centers, des « AI factories » et des réseaux capables d’héberger localement les données et les modèles.
L’IA en Afrique se rapproche de ses propres infrastructures
Le changement est autant économique que stratégique. En février 2026, l’African Actors of Data Center Association (ADCA) estimait que l’Afrique ne représentait encore que 0,6 % de la capacité mondiale des centres de données, avec environ 360 MW opérationnels. Quelque 238 MW supplémentaires étaient en construction et 656 MW annoncés.
L’essor de l’intelligence artificielle accélère désormais cette construction. Les entreprises ne recherchent plus seulement de l’espace pour stocker leurs données. Elles ont besoin de serveurs équipés de GPU capables d’entraîner et d’exécuter des modèles d’IA avec une faible latence.
Cassava Technologies illustre cette évolution. Le groupe déploie en Afrique du Sud une infrastructure d’« AI Factory » basée sur la plateforme Nvidia et prévoit des extensions au Nigeria, au Kenya, en Égypte et au Maroc. L’objectif est de permettre aux entreprises et chercheurs africains d’accéder à de fortes capacités de calcul sans envoyer systématiquement leurs données hors du continent.
L’Égypte accélère avec un projet pouvant atteindre 1 milliard de dollars
L’Égypte vient de franchir une nouvelle étape. Vodafone Business, Elsewedy Electric et Cassava Technologies ont annoncé en septembre la création d’Africa Data Centers Egypt et d’un centre dédié à l’IA souveraine.
La première phase doit développer 20 MW de capacité sur trois ans. Le projet pourrait ensuite atteindre 200 MW, pour un investissement total annoncé pouvant aller jusqu’à 1 milliard de dollars. L’infrastructure doit notamment proposer des GPU Nvidia sous forme de service, avec hébergement et traitement des données en Égypte.
Le mouvement dépasse l’Afrique du Nord. Au Nigeria, l’Agence américaine pour le commerce et le développement a annoncé le 23 septembre le financement d’une étude de faisabilité pour deux grands data centers compatibles avec les usages d’IA, prévus dans les États de Lagos et du Delta. Le projet reste donc à un stade préparatoire, mais il confirme la montée des investissements dans le calcul local.
À Nairobi, Digital Realty a parallèlement ouvert début septembre un nouveau centre de données de 6,4 MW. Le site donne accès à plus de 100 réseaux et renforce l’écosystème d’interconnexion de la capitale kényane.
Data centers, fibre et électricité deviennent indissociables
Construire des serveurs ne suffit toutefois pas. Pour fonctionner à grande échelle, l’IA nécessite aussi une alimentation électrique stable, des réseaux de fibre performants et des connexions internationales à très haut débit.
WIOCC Group a ainsi obtenu 300 millions de dollars auprès d’Africa Finance Corporation et de Vision Invest. Le financement doit servir simultanément à développer ses centres de données, ses réseaux terrestres de fibre et certains actifs sous-marins. Cette approche montre que le calcul, l’hébergement et la connectivité sont désormais considérés comme une même infrastructure.
Le principal frein n’est d’ailleurs plus seulement la connectivité. L’ADCA estime que la disponibilité de l’électricité est devenue la première contrainte au développement des data centers africains.
Le Kenya en offre un exemple spectaculaire. Le projet de data center géothermique de 1 milliard de dollars annoncé par Microsoft et G42 a pris du retard. Des désaccords financiers et les besoins énergétiques considérables du projet ont notamment compliqué sa réalisation, qui pourrait finalement être redimensionnée.
Une souveraineté numérique encore relative
Cette vague d’investissements rapproche donc le calcul des utilisateurs africains, mais elle ne signifie pas que le continent maîtrise déjà toute la chaîne de l’IA. Les GPU les plus avancés restent produits par un nombre réduit de groupes étrangers. Les logiciels, plateformes cloud et capitaux proviennent également souvent des États-Unis, d’Europe, du Moyen-Orient ou d’Asie.
La notion d’« IA souveraine » doit donc être maniée avec prudence. Héberger les données localement réduit certaines dépendances et facilite le respect des réglementations nationales. Cela ne garantit pas pour autant une autonomie technologique complète.
L’enjeu est néanmoins considérable. Selon le FMI, l’intelligence artificielle pourrait accroître d’environ 4 % la production économique de l’Afrique subsaharienne sur la prochaine décennie si les pays améliorent suffisamment l’électricité, internet et les compétences numériques. Sans ces investissements, le gain pourrait être bien plus faible.
L’Afrique ne cherche donc plus seulement à consommer des services d’IA hébergés ailleurs. Elle commence à construire la couche physique qui déterminera où ses données seront traitées, qui pourra accéder au calcul et quelle part de la valeur créée par l’IA restera sur le continent.





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