Le Burkina Faso veut s’inspirer des solutions numériques développées au Rwanda pour moderniser ses services publics, ses entreprises et son agriculture. À l’occasion de la foire Le Faso Digital 2026, des acteurs des deux pays ont exploré plusieurs pistes de coopération, notamment dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la gestion des données.
Pourquoi le Burkina Faso s’intéresse au modèle numérique du Rwanda
Organisée du 17 au 24 octobre 2026, la deuxième édition de Le Faso Digital accueille le Rwanda comme pays invité d’honneur. Cette foire virtuelle, initiée par le média Lefaso.net, vise à promouvoir les innovations technologiques et à rapprocher les entreprises africaines.
Le Rwanda possède une expérience reconnue dans la numérisation des services publics. Son portail Irembo permet notamment aux citoyens d’effectuer de nombreuses démarches administratives en ligne.
Lors des échanges, Alex Ntale, responsable de la Chambre rwandaise des technologies de l’information et de la communication, a présenté les principaux facteurs de cette transformation :
- Le développement des infrastructures de télécommunications et de la fibre optique.
- La continuité des politiques publiques consacrées au numérique.
- La formation des professionnels et le renforcement des compétences techniques.
- La collaboration entre l’État et les entreprises privées.
Pour le promoteur de la foire, Cyriaque Paré, l’objectif n’est pas de reproduire automatiquement le modèle rwandais. Il s’agit plutôt d’identifier des expériences que le Burkina Faso pourrait adapter à ses besoins.
Cette coopération Sud-Sud doit également permettre aux entreprises locales de développer leurs propres solutions et d’accéder à de nouveaux partenaires.
Agriculture : l’intelligence artificielle et les satellites à l’étude
L’agriculture figure parmi les principaux secteurs concernés par les innovations présentées.
Jules Kazungu, directeur général du Centre régional de recherche pour le développement intégré, a exposé plusieurs applications des données satellitaires et de l’intelligence artificielle.
Ces technologies peuvent notamment servir à surveiller les cultures, anticiper les sécheresses et identifier les zones exposées aux inondations.
Elles permettent également d’améliorer l’estimation des rendements agricoles et d’orienter les décisions concernant l’irrigation.
Pour le Burkina Faso, où les activités agricoles restent sensibles aux variations climatiques, ces outils pourraient faciliter la gestion des ressources naturelles.
D’autres solutions concernent directement l’élevage. Des systèmes d’information peuvent transmettre aux producteurs des alertes sanitaires, des rappels de vaccination ou des informations sur la production laitière.
Toutefois, leur déploiement au Burkina Faso dépendra des infrastructures disponibles, des coûts et de la capacité des exploitants à utiliser ces services.
Entreprises et administrations : quelles solutions numériques ?
Les échanges ont également porté sur la modernisation des activités économiques et administratives.
Aimable Kimenyi, dirigeant d’Algorithm Inc., a présenté des outils de gestion d’entreprise, de facturation électronique et de traçabilité des transactions.
Ces solutions visent à simplifier certaines procédures, limiter les opérations manuelles et faciliter le traitement des informations commerciales.
La maîtrise des données constitue un autre enjeu important. Les participants rwandais ont défendu le développement de systèmes locaux capables de collecter, sécuriser et exploiter les informations.
Cette approche pourrait renforcer la souveraineté numérique des institutions africaines et réduire leur dépendance à certains prestataires extérieurs.
La formation a également occupé une place dans les discussions. L’entreprise Three Mountains Learning Advisors a présenté ses méthodes d’apprentissage en ligne, fondées notamment sur des exercices interactifs et des évaluations progressives.
Ces outils pourraient répondre aux besoins de formation des salariés, des administrations et des entrepreneurs.
Cybersécurité : des partenariats envisagés avec le Rwanda
La sécurité des services numériques représente un autre axe de coopération.
L’entreprise rwandaise NetFella a notamment présenté Netsoura, une application de contrôle parental destinée à protéger les enfants contre certains risques liés à Internet.
Le dispositif propose des fonctions de filtrage des contenus, de gestion du temps d’écran et de détection de messages potentiellement frauduleux.
De son côté, le Digital Business Institute a présenté une initiative de certification visant à renforcer la confiance dans les entreprises numériques.
Son représentant, Robert Ford, a évoqué la possibilité de développer un partenariat pour faire du Burkina Faso un centre de certification numérique à vocation régionale.
À ce stade, cette perspective constitue une proposition de collaboration, et non un projet officiellement opérationnel.
Les organisateurs souhaitent désormais prolonger les discussions entre entreprises, institutions et organisations professionnelles.
L’enjeu sera de transformer ces échanges en partenariats concrets, avec des solutions adaptées aux réalités économiques et techniques du Burkina Faso. La rencontre marque ainsi une étape dans le rapprochement des écosystèmes numériques burkinabè et rwandais, sans garantir encore la réalisation de projets communs.



