La Nigériane Esther Eruchie développe avec FriendnPal une plateforme de santé mentale qui utilise l’intelligence artificielle pour repérer plus tôt certains signes de détresse psychologique. Son ambition est de faire évoluer la prise en charge d’un modèle centré sur la crise vers un suivi plus continu et préventif, notamment dans les communautés mal desservies d’Afrique et d’autres marchés émergents.
FriendnPal mise sur une IA prédictive pour la santé mentale
Fondée en 2023, FriendnPal combine intelligence artificielle multimodale, analyse comportementale et suivi à distance. Le système développé par l’entreprise examine notamment des signaux issus du texte, de la voix et de l’évolution des comportements afin d’identifier des changements pouvant révéler une dégradation de l’état psychologique.
L’objectif affiché n’est pas d’attendre qu’une personne atteigne une situation de crise avant d’intervenir. La plateforme cherche plutôt à produire des indicateurs de risque et à suivre leur évolution dans le temps.
« FriendnPal construit l’infrastructure permettant de rendre les soins continus, prédictifs et préventifs », explique Esther Eruchie à Disrupt Africa. La solution associe ce suivi automatisé à une orientation vers des professionnels lorsque la situation l’exige.
Il faut toutefois nuancer la notion de « prédiction ». Les performances revendiquées par FriendnPal proviennent principalement de l’entreprise et de ses responsables. Les sources disponibles ne permettent pas encore d’établir que le système peut prédire de manière autonome et cliniquement validée l’apparition d’un trouble mental.
Une plateforme pensée pour les réalités africaines
FriendnPal cible notamment les difficultés d’accès aux soins psychologiques en Afrique. La plateforme est proposée sur mobile, sur le web, par WhatsApp et via des interfaces vocales. Elle prend également en charge plusieurs langues afin de réduire les obstacles linguistiques et culturels.
Cette approche répond à un problème documenté. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 150 millions de personnes en Afrique vivaient avec un trouble de santé mentale en 2025. L’organisation souligne que les services restent sous-financés, fragmentés et particulièrement difficiles d’accès dans les zones rurales ou insuffisamment desservies.
FriendnPal veut donc combiner disponibilité numérique, anonymat et orientation vers des thérapeutes. L’entreprise insiste aussi sur l’adaptation culturelle de ses outils, plutôt que sur l’utilisation de modèles conçus uniquement pour les marchés occidentaux.
Esther Eruchie veut passer de la crise à la prévention
Le projet est étroitement lié au parcours d’Esther Eruchie. L’entrepreneure nigériane explique avoir été confrontée personnellement aux conséquences des troubles psychologiques, notamment après la perte de sa mère liée à une dépression. Cette expérience a contribué à orienter son travail vers les technologies appliquées à la santé mentale.
Son approche repose sur une idée centrale : les systèmes traditionnels interviennent souvent lorsque les symptômes sont déjà suffisamment importants pour pousser une personne à demander de l’aide.
FriendnPal tente au contraire de suivre certains indicateurs au fil du temps. L’entreprise affirme avoir déjà accompagné des dizaines de milliers de personnes et réalisé plusieurs dizaines de milliers d’évaluations comportementales. One Young World avance plus de 100 000 personnes touchées et plus de 60 000 évaluations, mais ces chiffres restent issus de données communiquées autour du projet et doivent être considérés comme tels.
L’IA en santé mentale soulève aussi des questions de sécurité
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans ce domaine reste sensible. Une plateforme peut faciliter l’accès à une première écoute ou détecter certains changements, mais elle ne remplace ni un diagnostic médical ni un professionnel qualifié.
Les risques portent aussi sur la confidentialité des données, la fiabilité des réponses automatisées et la gestion des situations de crise. Au Nigeria, l’essor des chatbots de santé mentale suscite déjà des interrogations sur la protection des utilisateurs et l’encadrement réglementaire.
FriendnPal affirme précisément conserver une intervention humaine dans son dispositif. Lorsque certains signaux de risque sont repérés, le système doit permettre une orientation vers des thérapeutes plutôt que laisser l’intelligence artificielle gérer seule la situation.
Pour Esther Eruchie, l’enjeu dépasse donc le simple chatbot conversationnel. FriendnPal cherche à bâtir une infrastructure de suivi psychologique capable d’élargir l’accès aux soins dans des régions où les professionnels restent rares. La prochaine étape sera surtout de démontrer, par des validations cliniques indépendantes, la fiabilité et la sécurité de cette approche prédictive à grande échelle.




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