À l’heure où la planète s’interroge sur le coût énergétique de l’intelligence artificielle, la Chine frappe un grand coup. Pékin a lancé la construction d’un centre de données sous-marin inédit, à quelques kilomètres de Shanghai, avec pour objectif de refroidir naturellement des serveurs d’IA sans puiser dans les ressources en eau douce. Ce pari technologique, qui s’inscrit dans un contexte de rivalité stratégique avec les États-Unis, symbolise une nouvelle étape dans la course mondiale à la souveraineté numérique.
Un pari technologique inédit sous la mer
En juin 2025, l’entreprise Hailanyun Technology, parfois appelée « HiCloud », a donné le coup d’envoi de ce projet hors normes. Le premier module, installé dans un caisson hermétique immergé à 6 km des côtes de Shanghai, doit entrer en service dès septembre.
Selon la société, ce centre contiendra 198 racks de serveurs capables de supporter une puissance de calcul équivalente à l’entraînement d’un modèle comme GPT-3.5 « en une journée ». Pour alimenter ce dispositif, l’infrastructure s’appuie sur un parc éolien offshore censé couvrir 97 % de ses besoins énergétiques.
D’après Li Langping, porte-parole de l’entreprise, l’impact énergétique est significatif : « L’évaluation que nous avons conduite montre une baisse d’au moins 30 % de la consommation énergétique par rapport à un centre terrestre classique. »
La Chine double Microsoft sur les serveurs sous-marins
Le concept n’est pas totalement nouveau. En 2018, Microsoft avait mené une expérimentation similaire avec son « Project Natick », au large de l’Écosse. Malgré de bons résultats sur la fiabilité et l’efficacité, l’initiative n’a jamais dépassé le stade du prototype. L’entreprise américaine a confirmé en 2024 qu’il ne s’agissait plus que d’une « plateforme de recherche ».
La Chine, elle, a choisi une autre trajectoire. Moins de trois ans après un test pilote au large de Hainan, elle passe déjà à l’échelle industrielle. L’objectif est clair : déployer à terme un réseau de centres sous-marins modulaires, autonomes et majoritairement alimentés par des énergies renouvelables. Cette accélération reflète la volonté de Pékin de devancer Washington dans la maîtrise des infrastructures critiques liées à l’IA.
Toutefois, des interrogations demeurent. Une étude scientifique de 2022 a mis en lumière un risque écologique. Le rejet d’eau légèrement réchauffée pourrait réduire l’oxygène marin lors d’épisodes de chaleur extrême, ce qui mettrait en péril la biodiversité locale. D’autres travaux publiés en 2024 évoquent aussi des menaces inédites de cybersécurité, notamment l’usage potentiel d’ondes acoustiques pour perturber des serveurs immergés.
Une course mondiale aux serveurs de demain
En dépit des incertitudes environnementales et sécuritaires, la Chine avance rapidement et se place en tête d’un mouvement qui pourrait redéfinir l’architecture mondiale de l’IA. La Corée du Sud prépare également un projet similaire, tandis que le Japon et Singapour explorent des alternatives avec des centres flottants.
L’ère des serveurs amphibies s’ouvre donc sur fond de compétition stratégique. Si la promesse d’une IA refroidie par l’océan séduit par son efficacité énergétique, elle pose aussi de nouvelles questions. Quel sera le coût écologique à long terme ? Et surtout, cette technologie restera-t-elle un outil de souveraineté nationale ou deviendra-t-elle une norme mondiale dans l’économie numérique ?




