Un ancien détenteur de bitcoin vient de créer une énigme inhabituelle sur la blockchain. Cinq portefeuilles probablement contrôlés par une même personne ont envoyé au total 107 BTC vers une adresse inutilisable en mai 2026, détruisant ainsi l’équivalent d’environ 8,5 millions de dollars à l’époque. L’une des opérations intrigue davantage encore. Après près de douze ans d’inactivité, 20 BTC ont transité par un grand dépositaire avant de revenir presque intégralement dans leur portefeuille d’origine, puis d’être volontairement rendus inutilisables quelques semaines plus tard.
Cinq portefeuilles reliés à un ancien détenteur de bitcoin
L’analyse des mouvements enregistrés sur la blockchain fait apparaître plusieurs liens entre les cinq portefeuilles concernés.
Chainalysis estime qu’ils présentent de forts indices de propriété commune. Les cinq adresses ont notamment été alimentées le même jour en avril 2014.
Leur comportement ultérieur présente également des similitudes. Chacune a envoyé des bitcoins vers une même adresse de dépôt appartenant à une importante plateforme centralisée dont l’identité n’a pas été rendue publique.
Les portefeuilles semblent même avoir été utilisés successivement. Lorsqu’une adresse cessait ses opérations, une autre prenait le relais avec des transactions affichant une cadence et des valeurs proches.
Une grande partie des fonds pourrait être retracée jusqu’à Mt. Gox, l’ancienne plateforme qui avait cessé ses activités en février 2014. Cette origine laisse penser que le propriétaire était probablement présent dans l’écosystème Bitcoin dès ses premières années.
Une hypothèse avancée est qu’il aurait réussi à retirer ses bitcoins de Mt. Gox avant l’effondrement de la plateforme.
L’historique d’une des adresses apporte un autre indice. Entre 2022 et 2024, elle a transféré 19,6 BTC en 60 opérations vers le même dépositaire.
Les quantités de bitcoins variaient fortement, entre environ 0,15 et 0,62 BTC. Leur valeur en dollars était pourtant étonnamment régulière. 58 des 60 transferts se situaient dans une marge de 10 % autour de 10 400 dollars, alors même que le cours du bitcoin avait plus que quadruplé durant cette période.
Cette régularité pourrait correspondre à une stratégie de liquidation par montants fixes en dollars. Les transferts arrivaient toutefois par groupes plutôt que selon un calendrier régulier, ce qui pourrait aussi correspondre à des retraits effectués en fonction des besoins du propriétaire.
La blockchain ne permet pas de déterminer si ces BTC ont ensuite été vendus, conservés ou transférés.
L’étrange aller-retour de 20 BTC avant leur destruction
L’opération réalisée en mars 2026 est beaucoup plus difficile à expliquer.
Après environ douze années sans mouvement, l’un des portefeuilles a envoyé l’intégralité de ses 20,00010537 BTC vers le dépositaire.
Trois semaines plus tard, 20,00006037 BTC sont revenus. La différence n’était que de 4 500 satoshis, soit environ trois dollars.
Les fonds ont été retournés au cours de trois journées consécutives sous la forme de 7 BTC, 7 BTC et 6,00006037 BTC.
Ces montants relativement ronds pourraient correspondre à une limite quotidienne de retrait appliquée par le dépositaire.
Un détail rend l’opération encore plus étrange. Les bitcoins sont revenus exactement à l’adresse qui les avait envoyés.
Le propriétaire contrôlait aussi les clés nécessaires avant et après ce passage chez le dépositaire. La clé privée a été nécessaire pour envoyer les BTC en mars, puis pour les détruire volontairement en mai.
Cette séquence affaiblit donc l’hypothèse d’une simple vente.
Elle soulève surtout une question. Pourquoi faire transiter environ 1 million de dollars en bitcoins par une plateforme, récupérer presque exactement la même quantité, puis rendre ces actifs définitivement inutilisables sept semaines plus tard ?
Plusieurs scénarios et aucune réponse définitive
Plusieurs explications sont envisagées, sans qu’aucune ne corresponde à l’ensemble des mouvements observés.
Le propriétaire aurait pu tester un ancien dispositif de conservation après douze ans d’inactivité. Le passage par un dépositaire aurait alors permis de vérifier que les anciennes clés fonctionnaient toujours. Cette théorie n’explique pas la destruction qui a suivi.
Une motivation liée à la confidentialité est aussi évoquée. Les plateformes centralisées regroupent les dépôts de nombreux utilisateurs dans des portefeuilles communs, ce qui complique le suivi ultérieur des pièces sur la blockchain. Là encore, cette possibilité n’explique pas pourquoi les BTC récupérés ont ensuite été détruits.
Des considérations fiscales ou réglementaires sont également envisagées, mais aucun élément disponible ne permet de rattacher les transactions à un événement précis.
Une dernière hypothèse repose sur une décision purement personnelle. Un détenteur extrêmement fortuné et sans héritiers pourrait préférer détruire publiquement ses bitcoins plutôt que simplement supprimer ses clés privées.
La seule certitude concerne le résultat. Les bitcoins envoyés vers une adresse inutilisable ne pourront plus être dépensés. Le propriétaire a donc choisi une action irréversible plutôt que de laisser ses actifs dormir dans son portefeuille.
Même l’analyse détaillée de la blockchain atteint ici sa limite. Elle permet de reconstruire les transactions, d’identifier leurs montants et de rapprocher plusieurs portefeuilles. Elle ne révèle pas l’intention humaine derrière ces mouvements. Après 107 BTC détruits pour environ 8,5 millions de dollars, le propriétaire et sa motivation restent inconnus.





