L’Afrique continue de renforcer son écosystème blockchain, mais les investissements ne suivent pas le rythme de son développement. En 2025, le continent n’a capté que 0,58 % des financements mondiaux consacrés à ce secteur, alors qu’il représentait 6,9 % des transactions blockchain enregistrées à l’échelle internationale. Un écart qui alimente l’idée d’un marché encore largement sous-évalué.
Une adoption dynamique freinée par le manque de capitaux
Selon les données du dernier Africa Blockchain Report de CV VC et Absa, la blockchain a représenté 5,3 % des montants levés en capital-risque en Afrique en 2025, contre 3 % au niveau mondial. Elle a également concentré 6,9 % des opérations de financement sur le continent, contre 3,6 % à l’échelle internationale.
Malgré cette dynamique, les montants investis restent limités. Le ticket médian des levées de fonds blockchain en Afrique s’est établi à 1,9 million de dollars, contre 3,2 millions de dollars dans le monde.
Les investisseurs privilégient désormais des applications liées aux paiements transfrontaliers, aux stablecoins, au financement du commerce, à la tokenisation d’actifs ou encore aux solutions de lutte contre la fraude, bien au-delà des usages associés au simple trading de cryptomonnaies.
L’année 2025 a également été marquée par la levée de fonds de 22 millions de dollars réalisée par la fintech Kredete, présentée comme la plus importante opération blockchain divulguée sur le continent. Au total, 28 transactions ont été recensées en Afrique sur cette période.
Des avancées réglementaires pour rassurer les investisseurs
La réglementation demeure l’un des principaux critères observés par les investisseurs institutionnels. Plusieurs pays africains ont engagé des réformes afin d’encadrer les actifs numériques.
Le Kenya, le Ghana, le Zimbabwe, le Rwanda, le Maroc, la Zambie et l’Éthiopie figurent parmi les États ayant lancé des dispositifs de supervision des prestataires de services sur actifs virtuels. Selon le rapport, 15 pays africains disposent déjà d’un cadre juridique ou réglementaire dédié aux actifs numériques.
Le Kenya fait figure de laboratoire dans ce domaine. Après l’entrée en vigueur de sa loi sur les prestataires de services sur actifs virtuels en novembre 2025, les autorités ont lancé, en mars 2026, une consultation publique destinée à préciser les modalités de délivrance des licences, les exigences en matière de fonds propres ainsi que les obligations de protection des consommateurs et de lutte contre le blanchiment.
À l’inverse, l’expérience de la République centrafricaine illustre les limites d’une stratégie reposant essentiellement sur les cryptomonnaies. Après l’adoption du bitcoin comme monnaie légale et le lancement du Sango Coin, le Fonds monétaire international (FMI) indique que moins de 2 millions de dollars avaient été souscrits au 7 août 2024, soit environ 0,2 % des montants initialement visés.
Ces trajectoires contrastées montrent que les investisseurs accordent une place croissante à la solidité des cadres réglementaires et aux usages économiques concrets de la blockchain. Pour plusieurs observateurs, les prochaines étapes de la mise en œuvre des règles kényanes pourraient servir de référence pour réévaluer le potentiel du marché africain dans cette industrie en pleine évolution.
