Le Nigeria prépare un sérieux tour de vis pour les entreprises de cryptos. Dans son nouveau projet réglementaire, la Securities and Exchange Commission veut imposer aux dépositaires de conserver au moins 80 % des crypto-actifs de leurs clients hors ligne. Le texte va beaucoup plus loin. Séparation des fonds, capital minimum pouvant atteindre 2 milliards de nairas, déclaration rapide des cyberattaques et nouvelles contraintes sur les stablecoins pourraient profondément modifier le fonctionnement du marché crypto nigérian.
80 % des cryptos placées à l’écart d’Internet
La mesure la plus marquante concerne directement la conservation des actifs numériques.
Les dépositaires devraient placer au moins 80 % des cryptomonnaies appartenant à leurs clients dans des systèmes de stockage à froid. Ces actifs seraient donc conservés hors ligne, tandis que les portefeuilles connectés à Internet ne garderaient que les montants nécessaires aux retraits, règlements et transactions courantes.
L’objectif est de réduire l’exposition aux cyberattaques.
Cette protection n’est pourtant pas absolue. Le document rappelle qu’un hardware wallet peut lui aussi présenter des vulnérabilités. Un incident impliquant Coldcard aurait ainsi permis à des pirates de dérober environ 1 779 bitcoins (BTC), évalués à plus de 113 millions de dollars.
La SEC veut également éviter qu’une seule personne puisse contrôler les actifs des clients. Plusieurs personnes ou signataires devraient intervenir pour y accéder et les registres devraient rester auditables.
Pour les plateformes nigérianes utilisant principalement des solutions de conservation en ligne, cette règle pourrait nécessiter une réorganisation technique importante.
Elle pourrait aussi favoriser la demande de solutions de stockage hors ligne. L’offre reste encore limitée sur le continent. Cypherock indiquait en décembre 2025 avoir vendu environ 15 000 portefeuilles matériels dans le monde, contre seulement 200 en Afrique.
Les plateformes ne pourront plus mélanger les fonds
La réforme cherche aussi à établir une séparation beaucoup plus stricte entre l’argent des utilisateurs et celui des entreprises.
Les fournisseurs de services d’actifs virtuels devraient distinguer les actifs appartenant à leurs clients de leurs propres ressources. Les dépositaires seraient également tenus de séparer juridiquement les avoirs des utilisateurs de ceux de l’entreprise et de ses sociétés affiliées.
Des portefeuilles distincts ou des systèmes comptables capables d’identifier précisément la propriété de chaque actif seraient nécessaires.
Une plateforme ne pourrait donc pas simplement puiser dans les cryptos de ses utilisateurs pour financer ses activités.
Le prêt, le nantissement ou la réutilisation des actifs seraient aussi fortement encadrés. Une telle opération nécessiterait notamment une information préalable, le consentement explicite du client et l’autorisation de la SEC.
La même logique concernerait les nairas déposés sur les plateformes. L’argent des clients ne pourrait pas servir à financer les dépenses, investissements, prêts ou opérations de trading de l’entreprise.
Cette séparation vise notamment à protéger les utilisateurs lorsque leur prestataire rencontre des difficultés financières.
Le marché nigérian a déjà connu ce type de situation. En janvier 2022, la startup crypto Patricia avait subi une cyberattaque qui lui aurait coûté environ 2 millions de dollars. Les retraits avaient ensuite été gelés, laissant les clients sans accès à leurs fonds pendant une période prolongée.
Jusqu’à 2 milliards de nairas de capital minimum
Les contraintes ne seront pas uniquement techniques.
Les plateformes d’échange d’actifs numériques et les dépositaires devraient disposer chacun d’un capital social minimum de 2 milliards de nairas, soit environ 1,5 million de dollars.
Le seuil descendrait à 500 millions de nairas, environ 371 600 dollars, pour certaines plateformes d’offres d’actifs numériques, opérateurs et activités de tokenisation d’actifs réels.
Les fournisseurs de services d’actifs virtuels seraient soumis à un minimum de 200 millions de nairas, soit environ 149 000 dollars.
Une assurance fidélité couvrant au moins 25 % du capital social minimum applicable serait aussi exigée.
La surveillance des incidents serait renforcée. Certaines pertes, cyberattaques ou défaillances opérationnelles devraient être signalées au régulateur dans un délai de 24 heures. Un rapport détaillé devrait ensuite être transmis sous 48 heures.
Les investisseurs particuliers bénéficieraient aussi d’un délai de rétractation de cinq jours ouvrables pour certaines offres d’actifs numériques. Cette possibilité ne concernerait pas tous les achats de cryptomonnaies effectués sur une plateforme.
Les stablecoins étrangers également sous pression
La SEC veut enfin renforcer son contrôle sur les stablecoins.
Un stablecoin adossé au naira devrait disposer de réserves correspondant à 100 % des jetons en circulation. Pour un stablecoin libellé dans une devise étrangère, le niveau demandé atteindrait 120 %.
Les stablecoins garantis par des cryptomonnaies seraient soumis à une exigence encore supérieure, avec au moins 150 dollars d’actifs crypto liquides approuvés pour 100 dollars de stablecoins émis.
Les jetons étrangers comme l’USDT ou l’USDC devraient obtenir l’autorisation de la SEC avant de pouvoir être proposés, conservés, réglés ou promus par une plateforme réglementée au Nigeria.
Pour les acteurs internationaux, cette disposition pourrait rendre l’accès au marché plus complexe.
Le projet réglementaire reste ouvert à la consultation publique. S’il est adopté dans sa forme actuelle, les conséquences seront importantes pour les entreprises crypto. Certaines devront augmenter leur capital, revoir leur architecture de conservation, séparer davantage leurs activités ou demander de nouveaux agréments.
Avec l’obligation de placer 80 % des actifs des clients hors ligne, le Nigeria affiche surtout une priorité claire. Le développement du marché crypto devra désormais s’accompagner de garanties beaucoup plus fortes sur la conservation et la récupération des fonds des utilisateurs.




