Le Nigeria et le Kenya misent sur l’innovation technologique pour élargir leur base d’investisseurs et moderniser leurs marchés financiers. Entre actions tokenisées, intelligence artificielle et intégration du mobile money aux services boursiers, Lagos et Nairobi expérimentent de nouveaux modèles destinés à rapprocher les particuliers et les PME des marchés de capitaux. Cette stratégie traduit la volonté commune d’adapter les places financières africaines aux nouveaux usages numériques.
Deux stratégies différentes pour attirer une nouvelle génération d’investisseurs
À Lagos, la NASD OTC Securities Exchange prépare la première émission publique de titres tokenisés du Nigeria. L’objectif consiste à permettre aux petites et moyennes entreprises de lever des capitaux en fractionnant leurs actions sous forme d’unités numériques accessibles à un large public via des plateformes en ligne. La place boursière, dont la capitalisation atteint environ 2 120 milliards de nairas (près de 1,55 milliard de dollars), voit dans cette innovation un moyen d’améliorer l’accès au financement des entreprises tout en démocratisant l’investissement.
Cette initiative s’inscrit dans un environnement réglementaire devenu plus favorable aux actifs numériques. L’Investments and Securities Act 2025 reconnaît désormais les actifs virtuels comme des valeurs mobilières lorsqu’ils répondent à certains critères, tandis que la Securities and Exchange Commission (SEC) a renforcé son programme d’incubation réglementaire pour accompagner les plateformes développant des solutions basées sur la tokenisation.
Au Kenya, la transformation suit une trajectoire différente. La Nairobi Securities Exchange (NSE) mise sur un ETF consacré à l’intelligence artificielle et sur l’intégration des services boursiers dans M-Pesa, l’écosystème de paiement mobile de Safaricom. Cette approche vise à simplifier l’achat d’actions directement depuis un téléphone portable, sans les contraintes des circuits bancaires traditionnels.
L’innovation devient un levier de compétitivité pour les Bourses africaines
Les premiers résultats observés au Kenya illustrent l’impact de cette stratégie numérique. Selon les données communiquées, près de 84 000 investisseurs particuliers ont acheté des actions via la fonctionnalité Ziidi Trader en seulement deux mois. La NSE indique également que cette intégration a contribué à une forte progression des transactions sur le marché, tout en favorisant l’arrivée d’une nouvelle catégorie d’investisseurs.
Pour accompagner cette évolution, la Bourse de Nairobi modernise également ses infrastructures de négociation, de surveillance et de conservation des titres dans le cadre de son plan stratégique 2025-2029.
Au Nigeria, les autorités voient dans la tokenisation un moyen de rapprocher davantage les entreprises locales des marchés financiers. Les responsables de la Nigerian Exchange Group (NGX) considèrent également que l’IA et les fintechs constitueront l’un des principaux moteurs de croissance du marché des capitaux au cours des prochaines années.
L’évolution parallèle de Lagos et de Nairobi illustre ainsi deux approches complémentaires. L’une privilégie la numérisation des titres financiers, l’autre s’appuie sur la finance mobile et les nouveaux produits d’investissement. Ensemble, elles témoignent de la montée en puissance des technologies numériques dans la transformation des marchés financiers africains, avec l’ambition d’attirer une nouvelle génération d’investisseurs et de renforcer le financement des économies du continent.

