L’essor de l’intelligence artificielle crée un problème inattendu dans les portefeuilles diversifiés. Les géants technologiques financent désormais massivement leurs investissements par la dette, si bien que détenir leurs actions et certaines obligations peut exposer un investisseur au même pari sur l’IA.
L’IA envahit désormais les actions comme les obligations
Traditionnellement, un portefeuille 60/40 associe 60 % d’actions à 40 % d’obligations. Les premières recherchent la croissance, tandis que les secondes doivent apporter des revenus et amortir certains épisodes de baisse des marchés.
L’intelligence artificielle brouille progressivement cette séparation. Selon BlackRock, Amazon, Microsoft, Alphabet, Meta et Oracle ont émis environ 200 milliards de dollars de dette investment grade au premier semestre 2026. Ce montant représente presque deux fois leurs émissions sur l’ensemble de 2025.
Un investisseur peut donc détenir les actions des entreprises qui dépensent massivement dans l’IA tout en finançant indirectement les mêmes groupes à travers ses fonds obligataires. Pour BlackRock, cette montée de la technologie dans le crédit américain de qualité pourrait réduire son efficacité comme outil de diversification.
Bitcoin apparaît comme un nouveau diversificateur
C’est ici que le bitcoin entre dans le débat. Sa logique économique diffère de celle d’une action ou d’une obligation. L’actif ne représente ni une participation dans une entreprise ni une créance donnant droit à un coupon.
BlackRock estime que le bitcoin conserve, sur des horizons longs, des caractéristiques différentes de celles des actifs risqués traditionnels. Après avoir réexaminé ses performances sur dix ans, le gestionnaire affirme qu’une exposition limitée de 1 à 2 % aurait amélioré le rendement ajusté du risque d’un portefeuille classique 60/40.
Cette idée prend davantage d’importance lorsque les deux grandes composantes du portefeuille deviennent plus corrélées. BlackRock constate que la volatilité des actions et des obligations ainsi que leur corrélation ont augmenté depuis 2020 par rapport à la décennie précédente. Le groupe utilise déjà l’or, le bitcoin et certaines stratégies alternatives comme sources supplémentaires de diversification dans certains de ses modèles d’allocation.
Fidelity teste même un portefeuille sans obligations
Fidelity Digital Assets va plus loin dans une étude publiée en mars 2026. Son équipe de recherche s’interroge sur la place du bitcoin dans le traditionnel portefeuille 60/40 et examine notamment ce qui se passe lorsque l’allocation à la crypto est financée en réduisant les obligations.
Dans une simulation d’optimisation moyenne-variance, Fidelity retient un rendement annuel attendu de 14,5 % pour les actions, 2 % pour les obligations et 25 % pour le bitcoin. Les volatilités utilisées atteignent respectivement 15,5 %, 5 % et 50 %. Avec ces hypothèses, le portefeuille offrant le meilleur ratio de Sharpe contient 9,4 % de bitcoin et aucune obligation.
Le résultat est spectaculaire, mais sa portée doit être correctement comprise. Fidelity ne recommande pas aux investisseurs de vendre toutes leurs obligations pour placer près de 10 % de leur patrimoine en BTC. Il s’agit d’une simulation dont le résultat dépend directement des hypothèses de rendement, de volatilité et de corrélation retenues.
L’étude reconnaît d’ailleurs que les objectifs et contraintes diffèrent selon les investisseurs. Elle constate surtout qu’une petite exposition au bitcoin a historiquement eu davantage d’incidence sur les résultats que le choix précis entre actions et obligations pour financer cette position.
Remplacer les obligations par du bitcoin change profondément le risque
Comparer les deux actifs ne signifie donc pas qu’ils soient interchangeables. Une obligation peut générer des intérêts réguliers et restituer le capital à l’échéance si l’émetteur honore sa dette. Le bitcoin n’offre ni coupon ni valeur de remboursement garantie.
Sa volatilité demeure surtout considérablement supérieure. BlackRock considère ainsi qu’une allocation comprise entre 1 et 2 % constitue une fourchette raisonnable pour certains portefeuilles multi-actifs capables d’en supporter le risque. Au-delà de 2 %, sa contribution au risque global augmente rapidement.
Le gestionnaire rappelle également que le bitcoin peut parfois évoluer dans le même sens que les actifs risqués lors des périodes de désendettement des marchés. Il ne constitue donc pas une assurance permanente contre une chute des valeurs technologiques.
Le véritable dilemme des portefeuilles axés sur l’IA n’est finalement pas de choisir entre obligations et bitcoin. Il consiste à éviter une diversification seulement apparente, lorsque actions et dette financent de plus en plus la même révolution technologique. Le BTC peut ajouter une source de risque différente, mais remplacer entièrement les obligations par la crypto reviendrait aussi à abandonner une partie de la stabilité recherchée dans un portefeuille traditionnel.




