Le Nigeria veut consolider son infrastructure numérique de santé avant de généraliser l’intelligence artificielle. À Kigali, le ministre d’État à la Santé Iziaq Salako a défendu le 1er octobre une architecture capable de connecter dossiers médicaux, établissements et professionnels afin d’éviter que l’IA ne repose sur des données fragmentées.
Le Nigeria veut bâtir l’infrastructure avant l’IA en santé
Pour Abuja, multiplier les applications ne suffira pas à transformer le système de santé. Lors du cinquième Africa HealthTech Summit, organisé à Kigali du 30 septembre au 2 octobre, Iziaq Salako a plaidé pour des infrastructures numériques communes avant une adoption plus large de l’IA.
Le ministre estime que les précédents investissements numériques ont permis de développer des dossiers médicaux électroniques, des plateformes de télémédecine ou encore des systèmes de surveillance. Mais beaucoup de ces outils restent organisés autour de programmes distincts et ne communiquent pas suffisamment entre eux.
Selon lui, numériser un système fragmenté ne crée donc pas automatiquement un système intégré. Le gouvernement nigérian dit avoir choisi de commencer par l’architecture plutôt que par « une application de plus ».
Une architecture nationale pour connecter les données de santé
Cette stratégie repose notamment sur la National Digital Health Architecture, ou NDHA. Le dispositif constitue le cadre commun du Nigeria pour organiser son écosystème numérique de santé et définir les règles d’interopérabilité entre les différents acteurs.
Cette architecture n’est pas une annonce apparue au sommet de Kigali. Le ministère nigérian de la Santé présentait déjà en 2025 la NDHA comme une infrastructure nationale destinée à mettre fin aux plateformes fonctionnant en silos. Le projet s’inscrit dans la Nigeria Digital in Health Initiative et a reçu l’appui du National Council on Health.
Abuja développe parallèlement un Health Information Exchange, associé à un dossier de santé partagé. Des registres nationaux doivent également centraliser l’identification des patients, des établissements et des professionnels de santé.
Salako résume l’objectif par le principe « un patient, un dossier de santé ». Les informations médicales pourraient ainsi accompagner une personne lorsqu’elle change d’établissement, de programme ou de niveau de soins.
Des données interopérables avant de généraliser l’intelligence artificielle
C’est cette infrastructure que le Nigeria considère comme indispensable au développement de l’IA en santé. Salako a averti que l’intelligence artificielle ne pouvait pas compenser des données fragmentées, des normes insuffisantes ou des systèmes incapables de communiquer.
L’enjeu dépasse donc la seule performance des algorithmes. Le ministre cite aussi la qualité des données, la cybersécurité, la gouvernance et les compétences capables d’administrer ces infrastructures.
Le Nigeria cherche également à renforcer la standardisation de son écosystème. Salako a évoqué la création récente d’un National Health Technology and Data Analytics Office, chargé notamment de coordonner l’agenda numérique de santé et l’application de l’architecture nationale.
L’interopérabilité pourrait, à terme, faciliter d’autres usages : suivi des vaccinations, continuité des soins, surveillance des épidémies ou identification des pénuries de médicaments.
Une question de cybersécurité et de souveraineté numérique
Le discours de Kigali comporte enfin une dimension politique. Salako appelle les pays africains à ne pas devenir de simples consommateurs de technologies médicales développées ailleurs.
Ils doivent, selon lui, participer à la définition des standards, contrôler la gouvernance de leurs données et renforcer leurs compétences locales. Le ministre insiste notamment sur la sécurité, l’accessibilité des technologies, leur adaptation aux contextes locaux et le respect de la souveraineté nationale sur les données.
Cette position ne constitue donc pas l’annonce d’un nouveau système d’intelligence artificielle nigérian. Elle fixe plutôt l’ordre des priorités défendu par Abuja : connecter et sécuriser les données de santé avant de miser massivement sur l’IA.



