IA en langues nationales : le Sénégal développe 15 projets

Le Sénégal accélère le développement de l’intelligence artificielle en langues nationales avec 15 équipes sélectionnées pour créer des applications capables de comprendre et de parler le wolof, le pulaar et le sérère. Présentés le 16 octobre 2026 à Dakar, ces projets visent à rendre les services numériques accessibles aux populations dans leur langue quotidienne.

Quinze équipes pour développer une IA adaptée aux Sénégalais

L’intelligence artificielle en langues nationales franchit une nouvelle étape au Sénégal grâce au Kiriku Voice Inclusive & Creative Challenge.

Organisé par AI Hub Sénégal et Vie Publique Sénégal, dans le cadre du programme SenHub IA, ce concours a mobilisé des développeurs, des étudiants, des linguistes et des entrepreneurs.

Sur 74 candidatures enregistrées, 15 équipes ont été sélectionnées pour concevoir des solutions vocales adaptées aux réalités locales. Dix d’entre elles ont atteint la phase finale.

Leurs travaux ont été présentés le 16 octobre à l’hôtel Noom de Dakar, lors d’une cérémonie réunissant des représentants des pouvoirs publics, des entreprises technologiques et des partenaires internationaux.

L’objectif est simple : permettre aux Sénégalais d’utiliser des outils numériques sans nécessairement maîtriser le français ou l’anglais.

Pour Daouda Tandiang Djiba, président d’AI Hub Sénégal, les langues locales doivent occuper une place centrale dans le développement des technologies d’intelligence artificielle.

Cette approche répond à une difficulté concrète. De nombreux assistants vocaux et applications numériques restent principalement conçus pour les langues internationales, ce qui limite leur accessibilité à une partie de la population.

Wolof, pulaar et sérère : quelles applications sont prévues ?

Les projets développés concernent plusieurs secteurs essentiels de l’économie et des services publics.

Dans l’éducation, les équipes travaillent sur des outils capables d’expliquer des notions scolaires dans les langues nationales. Ces applications pourraient notamment faciliter l’apprentissage des élèves qui comprennent mieux certaines explications dans leur langue maternelle.

Dans la santé, les solutions envisagées visent à améliorer l’accès aux informations sanitaires. Un assistant vocal pourrait, par exemple, expliquer des recommandations de prévention ou orienter un utilisateur vers un service approprié.

L’agriculture constitue également un domaine prioritaire. Les producteurs pourraient accéder plus facilement à des informations pratiques grâce à des interfaces vocales adaptées.

Les services financiers, l’administration publique et les transports figurent aussi parmi les secteurs explorés.

Ces applications reposent notamment sur deux technologies : la reconnaissance automatique de la parole, qui transforme la voix en texte, et la synthèse vocale, qui permet à une machine de produire des réponses orales.

Toutefois, les solutions présentées sont encore des prototypes. Leur utilisation à grande échelle dépendra de tests supplémentaires, de leur fiabilité et de leur adaptation aux besoins réels.

Plus de 210 heures de données vocales pour entraîner l’IA

Le Kiriku Voice Challenge s’appuie sur une ressource essentielle : plus de 210 heures d’enregistrements vocaux collectés et annotés en wolof, pulaar et sérère.

Ces données permettent aux développeurs de travailler sur des modèles capables d’identifier les mots prononcés et de générer des réponses dans les langues concernées.

Elles sont mises à disposition en accès libre afin de faciliter la recherche et le développement de nouveaux outils numériques.

Cette démarche répond à l’un des principaux obstacles rencontrés par les chercheurs africains : le manque de données linguistiques adaptées aux systèmes d’intelligence artificielle.

Mais les difficultés ne concernent pas uniquement les données.

Daouda Tandiang Djiba souligne également le coût élevé des infrastructures informatiques nécessaires à l’entraînement des modèles.

Les capacités de calcul, les équipements spécialisés et les solutions de stockage restent indispensables pour développer des applications performantes.

Le renforcement de ces infrastructures pourrait permettre au Sénégal de réduire sa dépendance technologique et de mieux maîtriser ses propres solutions d’IA.

Quels financements pour les projets d’intelligence artificielle ?

Le Kiriku Voice Challenge prévoit plus de deux millions de francs CFA de récompenses pour trois équipes lauréates.

Celles-ci bénéficieront également d’un accompagnement d’un à deux mois pour améliorer leurs prototypes et préparer leur éventuelle utilisation.

Les organisateurs souhaitent notamment favoriser les collaborations entre chercheurs, entreprises, institutions publiques et acteurs de l’innovation.

Le ministère des Télécommunications et du Numérique ainsi que l’ambassade de France au Sénégal figurent parmi les partenaires de cette initiative.

Le programme s’inscrit dans les ambitions du New Deal technologique et de la Vision Sénégal 2050, qui accordent une place importante à la transformation numérique.

Pour les équipes sélectionnées, le véritable défi commence désormais : transformer les prototypes en services fiables, accessibles et économiquement viables.

Au-delà du concours, cette initiative montre comment les langues africaines peuvent progressivement trouver leur place dans le développement de l’intelligence artificielle.

Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur tech spécialisé sur l'Afrique, je décrypte la révolution numérique du continent à travers des analyses approfondies. Cryptomonnaies, blockchain, intelligence artificielle : mes articles explorent comment ces technologies transforment l'économie, la gouvernance et la société africaines.

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