La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans le développement de l’intelligence artificielle avec YIRI, une plateforme destinée à intégrer les langues locales aux services numériques. Lancée officiellement le 15 octobre 2026 à Abidjan, cette initiative veut faciliter l’accès aux technologies, préserver le patrimoine linguistique et favoriser les échanges commerciaux.
Comment fonctionne YIRI, la plateforme d’IA ivoirienne ?
Développée par FuturAfric Intelligence Artificielle, YIRI associe les fonctionnalités d’un réseau social à celles d’une plateforme de commerce électronique. Son originalité repose sur l’utilisation des langues ivoiriennes pour permettre aux populations d’accéder plus facilement aux services numériques.
Concrètement, le projet ambitionne de permettre aux utilisateurs de publier des contenus, de communiquer avec leurs proches et de vendre des produits dans leurs langues maternelles.
Cette approche cherche à lever un obstacle important : la domination du français et de l’anglais dans les outils numériques, alors qu’une partie de la population maîtrise davantage les langues locales.
YIRI repose notamment sur le développement d’un grand modèle de langage capable de traiter du texte et de la voix. Cette technologie doit progressivement prendre en charge plusieurs langues ivoiriennes.
Le projet poursuit trois objectifs principaux :
- Faciliter l’accès aux outils numériques grâce aux langues locales ;
- Développer des services d’intelligence artificielle adaptés aux réalités ivoiriennes ;
- Préserver les langues et les traditions grâce à la constitution de données linguistiques.
La communauté YIRI a été officiellement présentée le 15 octobre au Hub Ivoire Tech, situé dans l’immeuble Postel 2001, au Plateau, à Abidjan.
Quelles langues ivoiriennes sont prises en charge par YIRI ?
La plateforme s’intéresse notamment au baoulé, au dioula, au bété, au sénoufo et à plusieurs autres langues utilisées en Côte d’Ivoire.
Selon les informations communiquées lors du lancement, six langues locales font déjà l’objet de travaux. Le baoulé et le dioula affichent un niveau d’avancement annoncé de 70 %.
Les promoteurs déclarent disposer d’environ 50 000 phrases traduites et de 300 fichiers audio traduits et annotés. Ces ressources constituent une première base pour entraîner les modèles d’intelligence artificielle.
Le site du projet présente toutefois un périmètre plus large de huit langues, qui comprend également le nouchi, le yacouba, l’agni et l’akyé.
Cette différence reflète les ambitions du programme, sans signifier que toutes les langues bénéficient déjà des mêmes fonctionnalités.
Pour Isaac Bayoh, fondateur de FuturAfric Intelligence Artificielle, le projet doit aussi contribuer à documenter les langues et les traditions ivoiriennes afin de faciliter leur transmission aux générations futures.
L’enrichissement de ces données reste essentiel. La qualité des traductions et des réponses dépendra notamment de la diversité des expressions collectées et de leur validation par des locuteurs compétents.
YIRI prévoit de former 2 000 jeunes aux métiers de l’IA
Au-delà des fonctionnalités numériques, YIRI comporte un volet consacré à la formation et à l’emploi.
Les responsables du projet annoncent leur intention de former et d’employer 2 000 jeunes dans dix régions de Côte d’Ivoire.
Les activités prévues concernent notamment la transcription, la traduction et l’annotation linguistique. Ces opérations consistent à préparer les données nécessaires à l’apprentissage des systèmes d’intelligence artificielle.
Les participants pourront ainsi contribuer à la création d’outils capables de reconnaître et de produire des contenus dans les langues locales.
Cette démarche pourrait également ouvrir des perspectives professionnelles dans le traitement automatique des langues, un domaine essentiel au développement des applications d’IA.
L’objectif de 2 000 bénéficiaires reste néanmoins une ambition du programme. Il ne correspond pas à un nombre de personnes déjà formées ou recrutées.
Une ambition régionale pour l’intelligence artificielle africaine
Les promoteurs de YIRI envisagent désormais un développement au-delà de la Côte d’Ivoire.
Ils souhaitent étendre leur couverture à 80 % de l’Afrique de l’Ouest au cours des trois prochaines années. Cette projection demeure un objectif, dont la réalisation dépendra des ressources disponibles et de l’adoption des technologies proposées.
Présent au lancement, le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a souligné l’importance des données linguistiques locales dans la conception de solutions adaptées aux populations.
À terme, les technologies développées pourraient servir dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, la santé, l’agriculture et le commerce.
Cependant, leur déploiement à grande échelle nécessitera des investissements, des données fiables et des évaluations techniques.
Avec YIRI, la Côte d’Ivoire cherche ainsi à développer une intelligence artificielle qui ne se limite pas aux grandes langues internationales, mais qui valorise également son patrimoine culturel et linguistique.



