La Côte d’Ivoire a lancé, le 6 octobre 2026, un projet d’accompagnement des FinTech pour améliorer l’accès au crédit, à l’épargne et aux services financiers numériques. Soutenue par la Banque africaine de développement (BAD), cette initiative vise notamment les petites entreprises et les populations encore exclues du système bancaire traditionnel.
Comment la Côte d’Ivoire veut-elle développer ses FinTech ?
Le gouvernement ivoirien souhaite faire évoluer les entreprises de technologies financières au-delà des services de paiement et de transfert d’argent.
Le projet a été officiellement présenté à Abidjan, lors d’un atelier organisé par l’Agence de promotion de l’inclusion financière (APIF-CI), sous la tutelle du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget.
L’objectif consiste à renforcer les compétences des entreprises spécialisées dans la finance numérique et à favoriser le développement de nouveaux produits financiers.
Le dispositif prévoit plusieurs actions concrètes :
- Recenser les FinTech ivoiriennes et identifier leurs besoins.
- Renforcer leurs capacités techniques et managériales.
- Faciliter leur compréhension des exigences réglementaires.
- Encourager les partenariats avec les banques et les autres institutions financières.
- Promouvoir les solutions numériques adaptées aux populations mal desservies.
Le cabinet Bureau d’études de développement électronique et technologique (BEDET) a été chargé de la mise en œuvre opérationnelle.
Il doit notamment élaborer des programmes de formation et mettre en place une plateforme destinée aux échanges entre les acteurs du secteur.
L’initiative bénéficie du soutien de la BAD, dans le cadre du Programme d’appui à l’amélioration du climat des affaires en Côte d’Ivoire (PACA-CI).
Pourquoi l’accès aux services financiers reste-t-il un défi ?
La Côte d’Ivoire a enregistré une progression importante des services financiers numériques ces dernières années. Cependant, l’accès à un compte bancaire ou à un financement adapté demeure difficile pour une partie de la population.
Les données présentées lors de l’atelier du 6 octobre permettent de mesurer ces évolutions.
| Indicateur | 2019 | 2024 |
|---|---|---|
| Utilisation des services de monnaie électronique | 61 % | 84,2 % |
| Taux de bancarisation stricte | 19,1 % | 33,6 % |
| Taux de bancarisation élargie | 30,8 % | 46,2 % |
Selon les chiffres de la Banque mondiale cités par les autorités ivoiriennes, le taux d’inclusion financière est également passé de 41 % en 2017 à 58 % en 2024.
Ces statistiques montrent que les paiements mobiles se sont largement diffusés, sans pour autant garantir un accès équivalent à l’épargne, à l’assurance ou au crédit.
De nombreux petits entrepreneurs peuvent aujourd’hui recevoir de l’argent sur leur téléphone, mais rencontrent encore des difficultés pour financer leurs activités.
Les obstacles concernent notamment les garanties exigées par les prêteurs, les revenus irréguliers et le manque d’historique financier.
Pour les autorités, les FinTech pourraient contribuer à réduire ces difficultés grâce à des services plus accessibles et adaptés aux réalités locales.
Quels avantages pour les PME et les populations non bancarisées ?
L’enjeu central consiste à transformer l’utilisation croissante du mobile money en véritable accès au financement.
Les solutions numériques pourraient notamment faciliter l’ouverture de comptes, la constitution d’une épargne ou le dépôt de demandes de crédit à distance.
Pour les petites et moyennes entreprises (PME), ces outils offrent plusieurs perspectives.
Une meilleure exploitation des données de transactions pourrait aider les établissements financiers à évaluer certains profils d’emprunteurs qui disposent de peu de garanties traditionnelles.
Les commerçants, artisans et entrepreneurs pourraient ainsi bénéficier de produits financiers mieux adaptés à leurs activités.
Les populations rurales représentent également une cible importante. Les services accessibles depuis un téléphone peuvent limiter les déplacements vers les agences bancaires.
Toutefois, ces bénéfices restent conditionnés à plusieurs facteurs : la couverture numérique, le coût des services, la protection des données personnelles et la capacité des utilisateurs à comprendre les produits proposés.
Le projet gouvernemental ne constitue donc pas une annonce de crédits immédiatement disponibles. Il doit d’abord renforcer les entreprises capables de développer ces solutions.
Quel financement et quelles prochaines étapes pour le projet ?
Le programme PACA-CI comprend 32 projets consacrés notamment à l’amélioration du climat des affaires et au développement du secteur privé.
Trois interventions portées par l’APIF-CI concernent directement la transformation numérique, l’éducation financière et l’accompagnement des FinTech.
Elles représentent ensemble près de 900 000 unités de compte, selon les informations présentées lors du lancement. Cette enveloppe globale ne doit pas être confondue avec un financement exclusivement destiné aux startups financières.
Le gouvernement attend désormais des résultats opérationnels : des entreprises mieux structurées, des innovations adaptées aux besoins locaux et davantage de partenariats financiers.
Le principal défi sera de mesurer les effets réels du programme sur l’accès au crédit, particulièrement pour les PME et les ménages encore éloignés des services bancaires.



