IA au Sénégal : un étudiant sur trois reste à l’écart

L’intelligence artificielle générative gagne du terrain dans les universités sénégalaises, mais 33,7 % des étudiants interrogés déclarent encore ne pas connaître cette technologie. Une étude publiée le 16 octobre 2026 par l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane révèle des inégalités d’accès aux outils d’IA et un manque d’encadrement dans l’enseignement supérieur.

IA générative au Sénégal : que révèle l’enquête nationale ?

Le rapport intitulé « Entre adoption et inquiétude : l’IA générative dans l’enseignement supérieur sénégalais » dresse un état des lieux inédit des pratiques universitaires. Réalisée par le groupe de recherche ALIVE de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK), l’enquête a recueilli les réponses de 5 037 étudiants et 159 enseignants.

Les résultats montrent que 66,3 % des étudiants interrogés déclarent connaître l’intelligence artificielle générative, contre 86,2 % des enseignants. Parmi ceux qui connaissent cette technologie, 77,6 % des étudiants et 80,3 % des enseignants affirment l’avoir déjà utilisée.

L’IA s’intègre progressivement aux méthodes d’apprentissage. Selon le rapport, 89 % des étudiants utilisateurs y recourent pour des activités académiques.

Ces chiffres confirment une adoption importante, sans toutefois permettre d’affirmer que tous les étudiants sénégalais disposent des mêmes compétences numériques. L’étude souligne au contraire des écarts significatifs entre les établissements et les profils d’apprenants.

Pourquoi 33,7 % des étudiants ne connaissent-ils toujours pas l’IA ?

La méconnaissance de l’intelligence artificielle générative ne concerne pas uniformément la population universitaire.

Les étudiants inscrits dans les établissements situés hors de Dakar, ceux des filières non scientifiques et les nouveaux entrants à l’université figurent parmi les catégories les moins familiarisées avec ces technologies.

Les femmes représentent également 56,2 % des étudiants déclarant ne pas connaître l’IA générative. Cette proportion décrit la composition du groupe concerné et ne signifie pas que 56,2 % de toutes les étudiantes ignorent cette technologie.

L’étude révèle aussi une situation paradoxale à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Malgré son modèle d’enseignement à distance, seulement 56,7 % de ses étudiants interrogés déclarent connaître l’IA générative, contre 66,3 % dans l’ensemble de l’échantillon.

Cette différence s’explique notamment par la diversité géographique de ses apprenants, dont certains résident dans des territoires moins bien desservis par les infrastructures numériques.

Le constat dépasse donc la simple disponibilité des plateformes technologiques. La familiarisation avec l’IA dépend aussi de l’environnement éducatif, de la connectivité et des possibilités de formation.

Comment les étudiants sénégalais utilisent-ils ChatGPT et les autres IA ?

Dans les universités sénégalaises, les outils d’intelligence artificielle générative répondent principalement à des besoins pédagogiques concrets.

La recherche documentaire constitue le premier usage fréquent identifié par l’enquête, avec 57,4 %. Elle devance la rédaction de travaux académiques, citée à hauteur de 44 %.

Ces pratiques illustrent l’intérêt des assistants conversationnels pour les étudiants confrontés à des difficultés d’accès aux ressources documentaires traditionnelles.

L’IA peut faciliter l’explication de notions complexes, la recherche d’informations ou la préparation des travaux universitaires. Toutefois, les réponses produites ne sont pas systématiquement exactes et nécessitent une vérification.

Le rapport met particulièrement en évidence les limites des contenus générés dans les contextes africains. Parmi les enseignants interrogés, 52,1 % signalent des difficultés liées à l’inadaptation des réponses aux réalités locales.

Cette situation pose la question de la fiabilité des informations, de leur pertinence culturelle et de la capacité des étudiants à exercer leur esprit critique.

Quelles mesures pour encadrer l’IA dans les universités ?

Au-delà des inégalités d’accès, l’étude révèle une autre difficulté : l’absence de règles suffisamment explicites sur l’utilisation de l’IA dans les activités universitaires.

Ainsi, 53,3 % des enseignants interrogés adoptent une position neutre, sans autoriser ni interdire clairement ces outils dans leurs cours.

Cette ambiguïté entretient des incertitudes sur les pratiques acceptables, notamment pour les devoirs, les mémoires et les évaluations.

Le rapport préconise l’élaboration de politiques institutionnelles, le renforcement de la formation des enseignants et la démocratisation de l’accès aux technologies.

Il recommande également un cadre national de gouvernance adapté aux réalités de l’enseignement supérieur sénégalais.

Pour les universités, l’enjeu consiste désormais à développer une utilisation transparente, critique et pédagogique de l’intelligence artificielle, sans accentuer les inégalités existantes.

L’enquête rappelle ainsi une réalité essentielle : la diffusion de l’IA dans les établissements ne garantit ni sa maîtrise ni une égalité d’accès pour les étudiants.

Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur tech spécialisé sur l'Afrique, je décrypte la révolution numérique du continent à travers des analyses approfondies. Cryptomonnaies, blockchain, intelligence artificielle : mes articles explorent comment ces technologies transforment l'économie, la gouvernance et la société africaines.

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