Mary Teuw Niane appelle le Sénégal à transformer en profondeur son système éducatif pour préparer la jeunesse à l’intelligence artificielle. Dans une tribune publiée le 4 octobre 2026, le mathématicien et directeur de cabinet du président Bassirou Diomaye Faye estime que l’IA est devenue un enjeu de souveraineté scientifique et technologique.
Repenser l’éducation face à l’intelligence artificielle
Pour Mary Teuw Niane, la maîtrise de l’intelligence artificielle ne peut plus reposer sur quelques spécialistes ou initiatives isolées. Elle doit devenir une compétence structurante, intégrée à l’ensemble du système éducatif sénégalais.
L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur plaide ainsi pour une transformation qui irait du préscolaire à l’université, sans oublier la formation professionnelle. L’objectif est de préparer suffisamment de jeunes aux nouveaux usages de l’IA pour que ces compétences puissent ensuite irriguer l’économie, la santé, l’administration, la culture ou encore l’éducation.
Son raisonnement dépasse donc la simple création de cours consacrés aux outils d’intelligence artificielle. Il appelle à renforcer parallèlement les mathématiques, les sciences des données, la cybersécurité, la robotique, la vision par ordinateur et les sciences du vivant.
L’enjeu est aussi quantitatif. Quelques chercheurs de haut niveau peuvent améliorer la visibilité internationale du Sénégal, mais ils ne suffisent pas à transformer durablement le pays.
Des universités appelées à anticiper les nouveaux métiers
Mary Teuw Niane attribue une responsabilité centrale aux universités. Selon lui, leur autonomie doit leur permettre d’anticiper les évolutions scientifiques plutôt que de conserver des cursus devenus insuffisants face aux nouvelles compétences recherchées.
Le professeur de mathématiques défend une approche pragmatique. Une université pourrait, par exemple, ouvrir rapidement un master en intelligence artificielle avant même de disposer d’une licence entièrement dédiée. Une formation d’ingénieurs pourrait également être développée en parallèle.
Cette logique vise à accélérer la constitution d’une masse critique de spécialistes. Le Sénégal dispose déjà d’une expérience dans l’introduction de nouvelles disciplines universitaires. Mary Teuw Niane rappelle notamment le développement de l’informatique à l’Université Gaston Berger dans les années 1990, puis celui des télécommunications dans les années 2000.
L’enseignement à distance et les formations certifiantes pourraient aussi élargir l’accès à ces compétences. L’objectif serait alors de ne pas limiter la formation en IA aux étudiants inscrits dans quelques filières universitaires spécialisées.
Transformer les compétences en emplois et innovations
La question de la formation ne constitue qu’une partie du défi. Mary Teuw Niane insiste également sur la capacité du Sénégal à transformer les connaissances acquises en innovations, en entreprises et en emplois.
Cette dimension est essentielle pour éviter une situation dans laquelle les jeunes apprendraient principalement à utiliser des technologies développées ailleurs sans participer à leur conception ou à leur adaptation aux réalités locales.
L’intelligence artificielle peut notamment être utilisée dans l’agriculture, la santé, l’éducation, les services publics ou encore les entreprises. Mais la valeur créée dépendra de la disponibilité de compétences locales capables de développer les solutions, de traiter les données et de comprendre leurs limites.
Le défi concerne aussi l’accès aux infrastructures numériques, à la puissance de calcul et aux données de qualité. Former davantage de spécialistes ne suffira donc pas, à lui seul, à assurer une véritable souveraineté technologique.
L’IA comme nouvel enjeu de souveraineté du Sénégal
Mary Teuw Niane présente surtout l’intelligence artificielle comme une rupture durable. Selon lui, les pays ne peuvent plus considérer cette technologie comme une option qu’ils choisiraient d’adopter ou non.
Les progrès rapides des modèles d’IA dans les sciences, les mathématiques et la production de connaissances renforcent cette conviction. La technologie ne se limite plus à automatiser certaines tâches : elle intervient désormais directement dans la recherche, l’analyse et la création de nouveaux savoirs.
Cette évolution pose également la question du rôle futur des enseignants et des programmes scolaires. Le développement d’outils capables de générer des textes, de résoudre certains problèmes ou d’accompagner individuellement des élèves oblige déjà les systèmes éducatifs à repenser leurs méthodes.
Le Sénégal devra toutefois transformer cette ambition en politiques concrètes : nouveaux cursus, formation des enseignants, infrastructures numériques, financement de la recherche et partenariats scientifiques.
C’est sur cette capacité d’exécution que se jouera l’avertissement lancé par Mary Teuw Niane. Pour lui, dans la course mondiale aux connaissances et à l’intelligence artificielle, le choix devient de plus en plus simple : progresser ou prendre le risque d’être dépassé.



