Les pays africains renforcent la réglementation des cryptos

Les cryptos gagnent progressivement leur place dans les politiques publiques africaines. Après plusieurs années marquées par des approches prudentes, voire restrictives, de nombreux États privilégient désormais l’encadrement du secteur plutôt que son interdiction. Du Zimbabwe au Kenya, en passant par le Nigeria et les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), les autorités cherchent à construire des cadres réglementaires adaptés à un marché en pleine expansion.

Les États privilégient désormais la supervision du secteur

Le Zimbabwe a franchi une étape en juin 2026 avec l’adoption de sa première réglementation dédiée aux actifs numériques. Les entreprises spécialisées dans l’achat, la vente, le transfert ou la conservation de cryptomonnaies doivent désormais s’enregistrer chaque année auprès de la Financial Intelligence Unit, sous peine de sanctions.

Le Kenya avait déjà adopté en 2025 le Virtual Assets Service Providers Act, qui encadre les prestataires de services sur actifs virtuels sous la supervision de la Banque centrale du Kenya et de la Capital Markets Authority. Au Nigeria, la Securities and Exchange Commission (SEC) a, de son côté, instauré un dispositif d’enregistrement et un mécanisme d’incubation réglementaire destinés aux entreprises du secteur.

L’intérêt croissant des autorités s’observe également en Afrique de l’Ouest. En mai 2026, la BCEAO a consacré une conférence internationale à Dakar aux crypto-actifs, aux stablecoins et à la tokenisation, réunissant régulateurs, banques, universitaires et spécialistes afin d’évaluer les opportunités et les risques liés à ces technologies.

Cette évolution intervient alors que l’usage des actifs numériques progresse rapidement. Selon Chainalysis, l’Afrique subsaharienne a enregistré 205 milliards de dollars de transactions en cryptomonnaies entre juillet 2024 et juin 2025, soit une progression de 52 % sur un an. Le cabinet souligne également que les transactions inférieures à 10 000 dollars représentent plus de 8 % de la valeur transférée dans la région, contre 6 % dans le reste du monde.

Trouver l’équilibre entre innovation et protection des utilisateurs

Pour les spécialistes du secteur, les nouveaux cadres réglementaires doivent distinguer les différents acteurs de l’écosystème plutôt que de traiter l’ensemble des crypto-actifs de manière uniforme.

Nit Harley Nguembhyt, directeur général de Bitcoin Gabon, estime que la réglementation doit différencier les plateformes d’échange, les services de conservation ou encore les entreprises proposant des services financiers liés aux actifs numériques. Selon lui, « la majorité des entreprises confirment elles aussi vouloir se conformer et chercher la régulation », signe d’une volonté de renforcer la crédibilité du secteur.

Le chercheur en blockchain Elvis Konjoh Selabi rappelle que les usages des cryptomonnaies en Afrique répondent avant tout à des besoins économiques concrets, notamment les paiements internationaux, les transferts transfrontaliers et l’accès à des devises fortes. Il souligne également que la blockchain offre un haut niveau de traçabilité des transactions et plaide pour un renforcement des compétences des régulateurs. « Les régulateurs gagneraient à se faire former et à comprendre le système », affirme-t-il.

Les deux experts mettent toutefois en garde contre une réglementation trop contraignante, susceptible de décourager les investissements ou de pousser certains opérateurs vers des marchés informels. Ils estiment qu’un cadre juridique clair, associé à une meilleure formation des autorités, des entreprises et du grand public, pourrait favoriser l’émergence de nouveaux services financiers adaptés aux réalités africaines.

Malgré cette dynamique, le paysage réglementaire demeure fragmenté entre les différents pays du continent. Les prochaines années seront déterminantes pour harmoniser les règles, renforcer la coopération régionale et accompagner le développement d’un écosystème capable de soutenir l’essor de la finance numérique en Afrique.

Rédaction Africa Moon
Rédaction Africa Moon
Nous sommes Africa Moon, un collectif de journalistes dédié à la vulgarisation de la cryptomonnaie et de l’intelligence artificielle. Nous produisons des contenus clairs et pédagogiques pour aider chacun à comprendre les enjeux des technologies numériques. À Africa Moon, nous croyons au pouvoir de l’information collective pour accompagner la transformation numérique du continent africain.

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