Le Cameroun appelle à une participation plus active des pays du Sud dans la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle (IA). Lors d’un forum organisé le 17 juillet à Shanghai, en marge de la World Artificial Intelligence Conference (WAIC) 2026, la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, a défendu une approche dans laquelle les pays en développement participent pleinement à l’élaboration des règles qui encadrent cette technologie.
Le Sud global réclame une place dans les décisions sur l’IA
Réunissant responsables gouvernementaux, chercheurs et représentants d’organisations internationales, le forum était consacré à la gouvernance de l’intelligence artificielle et au développement durable.
À cette occasion, Minette Libom Li Likeng a estimé que les pays du Sud ne devaient plus se limiter au rôle de consommateurs de technologies conçues à l’étranger. « Le Sud global ne doit plus être un consommateur passif des technologies étrangères, ni recevoir des normes définies sans sa voix », a-t-elle déclaré, selon un compte rendu de CGTN.
Les échanges ont mis en avant la nécessité d’associer davantage les pays en développement aux décisions portant sur l’éthique, la protection des données, la sécurité, la propriété intellectuelle ou encore les infrastructures de calcul. Pour plusieurs intervenants, ces enjeux auront un impact direct sur les économies africaines et leur transformation numérique.
Le vice-président du Conseil africain de la recherche scientifique et de l’innovation, Khaled Ghedira, a plaidé pour un modèle où tous les États pourraient « co-créer, co-réguler et co-consommer » les technologies d’intelligence artificielle.
Les infrastructures et la confiance au cœur des priorités
Les intervenants ont également souligné que le développement de l’intelligence artificielle dans les pays du Sud dépendra d’investissements dans les infrastructures numériques. L’ancien secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Zhao Houlin, a rappelé que 2,2 milliards de personnes dans le monde restent privées d’accès à Internet.
Selon lui, le développement de modèles d’intelligence artificielle locaux passe d’abord par un accès fiable à l’électricité, à des réseaux de télécommunications performants, à des centres de données et à des capacités de calcul suffisantes.
Le débat a aussi porté sur la nécessité de renforcer la confiance du public. Sam Sethserey, responsable des technologies de l’information au Cambodge, a estimé que le leadership dans l’IA reposera autant sur la protection des données, la transparence des algorithmes et la responsabilité des acteurs que sur les capacités financières.
À Shanghai, plusieurs initiatives ont été présentées, dont un indice mondial de gouvernance de l’IA couvrant 40 économies, une version actualisée d’un agent d’évaluation éthique ainsi que plusieurs rapports consacrés aux risques liés à l’intelligence artificielle.
Pour le Cameroun, cette prise de position s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer sa présence dans les débats internationaux sur l’IA. Au-delà des discussions diplomatiques, les autorités mettent en avant la nécessité d’accélérer le développement des infrastructures numériques, de soutenir la recherche, de former les compétences locales et d’adopter des cadres réglementaires adaptés afin de permettre à l’Afrique de contribuer à la conception des technologies et des règles qui les encadrent.
