Nigeria : l’IA va transformer les idées des jeunes en politiques

Le Nigeria veut utiliser l’intelligence artificielle pour analyser les contributions recueillies lors de sa première Conférence nationale de la jeunesse et les convertir en propositions de politiques publiques. L’initiative, portée par la NITDA, doit notamment traiter les idées soumises par des jeunes de 18 à 35 ans au Nigeria et dans la diaspora.

La NITDA veut classer les contributions grâce à l’IA

La National Information Technology Development Agency, l’agence fédérale chargée du développement des technologies numériques, doit fournir l’infrastructure technique de la conférence.

Son directeur général, Kashifu Inuwa Abdullahi, a annoncé que des outils d’intelligence artificielle serviront à collecter, analyser et classer les propositions des participants. Les contributions doivent être regroupées par grands thèmes afin d’aider les responsables chargés de préparer les recommandations finales.

Les domaines concernés incluent notamment l’emploi, l’innovation numérique, la sécurité, l’éducation, l’entrepreneuriat et l’action climatique.

La NITDA veut aussi créer une trace vérifiable du parcours des propositions. L’objectif affiché est de pouvoir suivre une idée depuis sa soumission jusqu’à son éventuelle transmission aux structures publiques compétentes.

Il s’agit toutefois, à ce stade, d’un dispositif annoncé. L’agence n’a pas précisé quels modèles ou logiciels d’IA seront utilisés, qui les a développés ni les critères retenus pour sélectionner ou hiérarchiser les contributions.

Une conférence promise par Tinubu depuis 2024

La Conférence nationale de la jeunesse 2026 a été officiellement ouverte à Abuja le 2 octobre. Environ 360 jeunes ont participé à cette première étape, avec une représentation des six zones géopolitiques du pays.

Le projet remonte au 1er octobre 2024. Dans son discours pour la fête de l’indépendance, le président Bola Tinubu avait promis une conférence de 30 jours destinée à associer davantage les jeunes aux décisions publiques.

Cette annonce intervenait deux mois après les importantes manifestations d’août 2024 contre la vie chère et les réformes économiques du gouvernement. Des milliers de personnes avaient alors manifesté dans plusieurs villes, notamment Lagos et Abuja.

Tinubu estime que les jeunes représentent plus de 60 % de la population nigériane. La Banque mondiale évalue pour sa part la population totale du pays à environ 237,5 millions d’habitants en 2025.

Le poids démographique de cette jeunesse donne une dimension particulière au projet. L’enjeu est désormais de savoir si la consultation débouchera réellement sur des décisions, et pas seulement sur un document de recommandations.

Les jeunes de la diaspora peuvent aussi participer

La conférence ne se limite pas aux personnes présentes à Abuja. Des consultations virtuelles commencent le 5 octobre et doivent permettre aux jeunes Nigérians vivant dans le pays ou à l’étranger de participer.

Les sessions organisées par zones géopolitiques sont programmées entre le 5 et le 17 octobre. Le calendrier général des consultations virtuelles s’étend toutefois jusqu’au 21 octobre.

Le processus doit ensuite passer par des réunions dans les 360 circonscriptions fédérales, puis par six rencontres régionales. Une conférence physique nationale est prévue à Abuja du 26 au 30 octobre.

Les participants doivent avoir entre 18 et 35 ans. Ils sont invités à soumettre des propositions concernant notamment la gouvernance, l’emploi, l’éducation, les compétences numériques, le climat et la sécurité.

Le gouvernement affirme que les résultats seront finalement transmis au président sous la forme de recommandations structurées.

L’usage de l’IA soulève encore plusieurs questions

Pour le Nigeria, cette expérience constitue aussi un test de ses ambitions en matière d’intelligence artificielle appliquée à l’administration publique.

L’IA peut faciliter le traitement de milliers de contributions, repérer les thèmes récurrents et synthétiser de grandes quantités de texte. Elle peut ainsi réduire le travail manuel nécessaire pour analyser une consultation nationale.

Mais plusieurs points restent inconnus. La NITDA n’a pas détaillé la manière dont seront protégées les données personnelles des participants. Elle n’a pas non plus expliqué comment seront contrôlés les biais éventuels des outils utilisés ni quelle part de décision restera entre les mains des analystes humains.

La technologie ne garantit surtout pas que les propositions sélectionnées seront mises en œuvre. Le principal test viendra après la conférence : il faudra vérifier quelles recommandations seront retenues, financées puis effectivement intégrées aux politiques publiques.

Mot-clé principal : IA et jeunesse au Nigeria

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