L’intelligence artificielle générative dans l’enseignement supérieur oblige les universités sénégalaises à revoir leurs méthodes d’enseignement et d’évaluation. Pour le professeur Abdoullah Cissé, spécialiste du cyberdroit et ancien recteur de l’université Alioune Diop de Bambey, l’enjeu n’est plus seulement de combattre le plagiat, mais de former des étudiants capables de comprendre et de défendre les connaissances produites avec l’aide de l’IA.
Pourquoi l’IA générative pousse les universités à changer
L’utilisation d’outils comme ChatGPT transforme progressivement les habitudes des étudiants. Rédaction de dissertations, recherche documentaire, synthèse de cours ou préparation de mémoires : les applications de l’intelligence artificielle se multiplient dans le monde universitaire.
Au Sénégal, cette évolution soulève une question fondamentale : comment adapter l’enseignement supérieur à des technologies capables de produire rapidement des contenus autrefois réalisés exclusivement par les étudiants ?
Lors d’un panel organisé à Dakar, en marge de la présentation d’un rapport de l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK) consacré aux usages de l’IA générative, le professeur Abdoullah Cissé a appelé à dépasser les inquiétudes liées aux dérives technologiques.
Selon l’Agence de presse sénégalaise, le 16 octobre 2026, l’universitaire estime que les établissements doivent davantage explorer les possibilités pédagogiques de ces outils plutôt que de concentrer leurs efforts uniquement sur leur encadrement.
Cette transformation concerne aussi les programmes universitaires. Pour le président du comité de refondation des curricula du système éducatif sénégalais, les établissements doivent réexaminer les connaissances enseignées et les compétences réellement attendues des diplômés.
Examens universitaires : vers un retour en force de l’oral ?
La question de l’évaluation constitue l’un des principaux défis posés par l’intelligence artificielle générative.
Aujourd’hui, un étudiant peut utiliser un assistant numérique pour produire un devoir structuré, développer une argumentation ou rédiger une partie de son mémoire. Cette facilité complique l’appréciation du travail personnel lorsque l’évaluation repose uniquement sur un document écrit.
Pour Abdoullah Cissé, la véritable question consiste à déterminer si l’étudiant maîtrise les connaissances présentées, indépendamment des outils mobilisés pour préparer son travail.
L’universitaire défend ainsi une place plus importante des épreuves orales dans les dispositifs d’évaluation.
Un étudiant ayant utilisé l’IA pour rédiger un document devrait notamment pouvoir expliquer son raisonnement, justifier ses choix méthodologiques et répondre aux objections de ses enseignants.
Cette approche pourrait modifier profondément les examens universitaires. Les soutenances, les études de cas, les présentations argumentées et les exercices pratiques deviendraient des moyens complémentaires pour vérifier les compétences acquises.
L’objectif ne serait donc pas d’interdire systématiquement l’intelligence artificielle, mais de s’assurer que son utilisation ne remplace pas l’apprentissage.
Comment l’intelligence artificielle peut améliorer l’apprentissage
Au-delà des examens, l’IA générative offre des perspectives pour personnaliser les enseignements.
Les outils numériques peuvent notamment aider les enseignants à préparer différents supports pédagogiques, proposer des exercices adaptés aux difficultés rencontrées ou fournir des explications complémentaires.
Dans des universités confrontées à des effectifs importants, ces fonctionnalités pourraient faciliter l’accompagnement des étudiants. Leur efficacité dépend néanmoins de la qualité des contenus générés et de leur vérification par les enseignants.
Le professeur Cissé estime que les établissements sénégalais doivent accélérer leur appropriation de ces technologies, sans attendre que leurs usages soient complètement stabilisés.
Il attire également l’attention sur l’émergence de l’IA agentique, capable d’enchaîner certaines tâches avec davantage d’autonomie que les assistants conversationnels classiques.
Cette évolution pourrait transformer les pratiques universitaires, mais nécessite une formation adaptée du personnel enseignant.
L’enjeu dépasse ainsi la simple maîtrise des logiciels : il concerne aussi la conception des cours, l’accompagnement des apprenants et le développement de leur esprit critique.
Le risque d’un enseignement supérieur à deux vitesses
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les universités sénégalaises soulève également des préoccupations concernant l’égalité des chances.
Tous les étudiants ne disposent pas des mêmes ressources. Certains accèdent à des services payants plus performants, tandis que d’autres utilisent uniquement des versions gratuites ou rencontrent des difficultés de connexion.
Ces disparités pourraient accentuer les différences dans les conditions d’apprentissage et la préparation des travaux universitaires.
Pour éviter cette situation, Abdoullah Cissé préconise un accompagnement institutionnel et une meilleure connaissance des usages réels de l’IA dans l’enseignement supérieur.
Il propose notamment la mise en place d’un observatoire annuel permettant de suivre l’évolution des pratiques.
Cette démarche offrirait aux universités et aux pouvoirs publics des informations utiles pour adapter leurs politiques de formation.
Pour le Sénégal, le défi consiste désormais à construire un modèle universitaire dans lequel l’intelligence artificielle renforce les capacités des étudiants sans affaiblir leur autonomie intellectuelle.
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