Un rapport publié par Quidax et IFS Insights dévoile les caractéristiques socio-économiques des utilisateurs de cryptos au Nigeria. Le pays, considéré comme l’un des marchés les plus actifs d’Afrique en matière d’adoption, est dominé par une base d’investisseurs jeunes et peu fortunés. Cette configuration offre un éclairage utile pour les acteurs de l’industrie, régulateurs compris.
L’économie crypto portée par les jeunes et les revenus modestes
D’après les données recueillies auprès de 1 850 répondants, 85 % des investisseurs crypto nigérians perçoivent moins de ₦250 000 mensuels, soit l’équivalent d’un revenu modeste. Ce chiffre dément l’idée selon laquelle l’investissement en cryptomonnaie serait réservé à une élite économique. Il souligne au contraire l’ancrage populaire de cette technologie.
Le profil dominant est celui d’un étudiant (43 % des utilisateurs), suivi de travailleurs indépendants et de freelances. La concentration des usagers à Lagos est notable, mais des États comme Abuja, Enugu ou Osun participent également à la dynamique, témoignant d’une diffusion géographique du phénomène.
Le chiffre de 26,3 millions d’utilisateurs suggère une profondeur de marché significative, bien que le volume global des transactions demeure relativement faible à l’échelle mondiale.
Une utilisation défensive, guidée par la macroéconomie
Dans un contexte de faible bancarisation, inflation élevée et dévaluation continue du naira, les cryptos jouent un rôle d’outil de préservation de valeur plus que de levier spéculatif. Le recours aux stablecoins – notamment l’USDT – reflète cette logique de désintermédiation monétaire.
Le rapport indique que 80 % des usagers privilégient l’utilisation des cryptos pour épargner ou effectuer des paiements. Cette orientation vers une crypto d’usage plutôt que de spéculation s’aligne avec les tendances observées dans d’autres pays en développement soumis à des instabilités monétaires.
Sur le plan macro, l’Afrique subsaharienne ne représente que 2,3 % des transactions crypto mondiales (juillet 2022 – juin 2023). Cela confirme un écart de valeur entre adoption en volume (nombre d’utilisateurs) et poids économique réel du marché.
Le cas nigérian offre une illustration stratégique de l’adoption crypto en contexte de précarité économique. Il invite à repenser les modèles d’engagement des acteurs crypto, avec une emphase sur l’inclusion financière, l’éducation aux actifs numériques et l’adéquation produits/usages locaux. Une approche opportunément réaliste pour tout projet qui souhaite s’ancrer durablement sur le continent africain.
