L’Afrique du Sud veut empêcher que l’essor de l’intelligence artificielle accentue les inégalités entre pays développés et économies émergentes. À New Delhi, Cyril Ramaphosa a appelé les BRICS à bâtir un cadre commun pour une IA sûre, inclusive et toujours placée sous un contrôle humain significatif.
Ramaphosa veut renforcer la surveillance de l’IA
Le président sud-africain a présenté ses propositions le 13 septembre, lors du 18e sommet des BRICS organisé à New Delhi. Son intervention s’inscrivait dans une session consacrée à la résilience, à l’innovation, à la coopération et à une croissance mondiale plus inclusive.
Cyril Ramaphosa estime que les capacités des modèles progressent désormais suffisamment vite pour nécessiter une surveillance plus structurée. Selon lui, l’IA pourrait transformer la médecine, l’éducation, l’agriculture, la recherche scientifique et la productivité. Elle pourrait ainsi participer à la réduction de la pauvreté et du sous-développement si son utilisation reste responsable.
Mais Pretoria ne veut pas ignorer les risques. Le dirigeant a notamment évoqué les cyberopérations avancées, la surveillance de masse, la manipulation, les bouleversements sur le marché du travail ou encore l’autonomie croissante de certains systèmes. « Nous ne devons donc ni craindre l’IA, ni l’aborder de manière imprudente », a-t-il déclaré.
Les BRICS pourraient créer un mécanisme indépendant d’évaluation
L’Afrique du Sud va plus loin qu’un simple appel à la prudence. Ramaphosa propose que les BRICS soutiennent la création d’un mécanisme international chargé d’évaluer scientifiquement et de manière indépendante les systèmes d’intelligence artificielle.
Pretoria souhaite accompagner ce dispositif de principes garantissant un contrôle humain significatif. Le président demande également la déclaration obligatoire des incidents graves et des protections progressivement renforcées à mesure que les capacités des modèles augmentent.
Cette approche répond à une difficulté grandissante. Les entreprises développent des agents capables d’accomplir davantage de tâches sans intervention humaine permanente. Pour Ramaphosa, la gouvernance doit donc progresser au même rythme que la technologie. Il rappelle que la supervision externe existe déjà dans d’autres industries susceptibles d’avoir des conséquences importantes sur la sécurité et le bien-être des populations.
L’Afrique du Sud soutient le projet chinois pour l’IA
Pretoria ne défend toutefois pas uniquement une réglementation plus stricte. L’Afrique du Sud soutient aussi la proposition chinoise visant à développer un écosystème d’intelligence artificielle commun aux pays des BRICS.
Cette position reflète un autre volet de la stratégie sud-africaine. Les économies émergentes ne doivent pas seulement encadrer les technologies conçues ailleurs. Elles doivent également disposer des infrastructures, compétences et capacités de calcul nécessaires pour développer leurs propres solutions.
Ramaphosa appelle ainsi à investir simultanément dans une « IA souveraine » pour les économies en développement. L’objectif est d’éviter qu’une poignée d’États et d’entreprises contrôlent les modèles les plus puissants, les données et les infrastructures indispensables à leur fonctionnement.
Cette orientation n’est pas nouvelle. Dès 2025, le président sud-africain avertissait que les décisions prises sur l’IA détermineraient si cette technologie allait renforcer les inégalités mondiales ou devenir un instrument de développement durable et inclusif.
Une gouvernance de l’IA pensée pour le Sud global
Les BRICS avaient déjà placé l’intelligence artificielle parmi leurs priorités avant le sommet de New Delhi. En mai, leurs ministres des Affaires étrangères avaient reconnu la nécessité de rendre les ressources liées à l’IA plus accessibles, notamment aux pays du Sud global, tout en améliorant la sécurité et la fiabilité des systèmes.
L’Afrique du Sud applique la même logique à sa politique intérieure. En mars, son gouvernement a approuvé la publication d’un projet de politique nationale sur l’IA. Celui-ci repose notamment sur la gouvernance responsable, la croissance inclusive, le développement des compétences et un déploiement centré sur l’humain.
Le véritable défi sera désormais de transformer les déclarations politiques en mécanismes communs. Les BRICS regroupent onze membres aux intérêts économiques, technologiques et réglementaires très différents. Ils représentent néanmoins près de la moitié de la population mondiale, ce qui donne un poids particulier à leurs choix sur la gouvernance de l’IA.
Pour Pretoria, l’enjeu est double. Les pays émergents doivent avoir accès aux bénéfices de l’intelligence artificielle sans dépendre entièrement des puissances technologiques actuelles. Mais cette autonomie ne peut se construire au détriment de la sécurité. L’inclusivité défendue par l’Afrique du Sud associe donc partage des technologies, capacités locales et maintien du contrôle humain.




