L’intelligence artificielle en Afrique fait l’objet d’un nouvel ouvrage scientifique codirigé par le professeur sénégalais Ndiaga Loum et deux chercheurs de l’Université Félix-Houphouët-Boigny. Publié en septembre 2026, le livre étudie les usages concrets de l’IA sur le continent, mais aussi les questions de perception, d’éthique et de régulation qui accompagnent son adoption.
L’intelligence artificielle en Afrique étudiée au plus près des usages
L’ouvrage s’intitule Le processus d’adoption des usages de l’intelligence artificielle en Afrique : pratiques, perceptions et perspectives. Il est codirigé par Ndiaga Loum, Jean-Jacques Bogui et Nanga Désiré Coulibaly. Les deux derniers sont rattachés à l’Université Félix-Houphouët-Boigny, en Côte d’Ivoire.
Publié par ISTE en septembre 2026, le livre compte 238 pages dans sa version référencée par l’éditeur et Google Play Books. Une version française et une version anglaise sont proposées. L’Université du Québec en Outaouais (UQO), où enseigne Ndiaga Loum, le présente comme un premier ouvrage scientifique consacré aux usages et aux premières tentatives de régulation de l’IA en Afrique. Cette qualification émane toutefois de l’établissement lui-même.
Le projet adopte une approche pluridisciplinaire. Il mobilise notamment les sciences de l’information et de la communication, la science politique, l’économie, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie ou encore la linguistique.
Des journalistes camerounais aux étudiants sénégalais
L’un des intérêts du livre réside dans la diversité des terrains étudiés. Les chercheurs s’intéressent notamment aux pratiques des journalistes camerounais, des femmes professionnelles ivoiriennes, des enseignants marocains et des étudiants sénégalais.
D’autres travaux portent sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par des organisations religieuses pour transmettre le savoir islamique. L’objectif consiste ainsi à observer comment l’IA s’intègre déjà dans des pratiques professionnelles, éducatives, sociales ou culturelles très différentes.
Cette démarche permet de dépasser une lecture de l’IA en Afrique centrée uniquement sur les infrastructures ou le retard technologique. Les auteurs cherchent aussi à comprendre comment les utilisateurs s’approprient ces outils, quelles représentations ils en développent et quelles transformations apparaissent dans leurs activités quotidiennes.
L’étude consacrée aux étudiants sénégalais donne notamment au Sénégal une place directe dans ce travail collectif. Elle illustre la pénétration croissante des outils d’IA dans l’enseignement supérieur africain.
Ndiaga Loum insiste sur la régulation de l’IA en Afrique
Pour Ndiaga Loum, l’expansion de l’intelligence artificielle soulève des questions qui ne sont pas uniquement technologiques. Le chercheur met notamment en avant la protection des données personnelles, la vie privée ainsi que les dimensions juridiques, éthiques et morales liées à ces nouveaux outils.
Selon lui, l’un des problèmes tient au décalage entre la vitesse d’adoption des technologies et celle de leur encadrement réglementaire dans plusieurs pays africains.
Il pose ainsi la question du « meilleur encadrement » permettant d’éviter que la puissance technologique ne prenne le pas sur les capacités d’action de l’être humain. Il défend également l’idée selon laquelle les chercheurs et institutions africains doivent participer aux discussions internationales sur la gouvernance de l’IA.
Ndiaga Loum est professeur titulaire au Département des sciences sociales de l’UQO. Juriste, politologue et spécialiste des sciences de la communication, il dirige également la Chaire Senghor de la Francophonie en communication internationale.
Un premier volume destiné à élargir la recherche
Les trois codirecteurs ne présentent pas cette publication comme l’aboutissement de leurs travaux. Leur ambition consiste à poursuivre la recherche afin d’établir progressivement un état des lieux des usages de l’intelligence artificielle et de leur encadrement dans davantage de pays africains.
« Le chantier de la collaboration scientifique reste ouvert », indiquent les auteurs, cités par l’UQO. L’objectif est donc d’élargir à terme le nombre de pays, de secteurs et de pratiques étudiés.
Cette publication arrive alors que l’IA se diffuse rapidement dans l’éducation, les médias, la finance ou encore les administrations. Elle rappelle surtout que la question pour les pays africains ne porte plus seulement sur l’adoption de ces technologies. Elle concerne désormais aussi les règles, les usages et la place que le continent entend occuper dans leur gouvernance mondiale.



