Un an à peine après l’accord historique conclu entre Binance et le Département de la Justice des États-Unis (DoJ), un retournement de situation pourrait se profiler. Des rumeurs persistantes indiquent que les autorités américaines envisageraient de retirer le contrôleur de conformité chargé de superviser l’exchange crypto jusqu’en 2026. Un signal fort qui coïncide avec la stratégie plus permissive de l’administration Trump vis-à-vis des régulations Web3, et qui soulève des interrogations sur l’avenir de la responsabilisation dans l’industrie crypto.
Un dispositif judiciaire de 3 ans menacé après seulement 10 mois
Le cœur de l’affaire remonte à novembre 2023. Cette année-là, Binance accepte de verser 4,3 milliards de dollars au gouvernement américain pour régler une série de poursuites liées à des manquements aux obligations de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Dans ce cadre, l’Exchange s’engage à se soumettre à la surveillance d’un contrôleur de conformité tiers pendant trois ans, sous l’autorité directe du DoJ.
Cette mesure faisait suite à la condamnation de Changpeng Zhao, ex-CEO de Binance, reconnu coupable d’avoir « échoué à mettre en œuvre un programme efficace de lutte contre le blanchiment d’argent », en violation de la Bank Secrecy Act. Ce dernier avait plaidé coupable devant la justice américaine, avant de purger une peine de prison symbolique. Le contrôleur désigné devait assurer la mise en œuvre de procédures strictes, visant à surveiller les flux financiers de Binance et garantir sa conformité aux réglementations américaines.
Mais selon des informations rapportées par BeInCrypto, cette supervision pourrait prendre fin plus tôt que prévu. Plusieurs sources anonymes avancent que Binance aurait « pratiquement conclu un accord » avec le DoJ pour se libérer de cette contrainte. Pour l’heure, aucune confirmation officielle n’a été communiquée par les autorités.
« Bien que les détails n’aient pas encore été entièrement révélés, cela semble certainement plausible »
Cette perspective s’inscrirait dans une dynamique politique plus large, marquée par une volonté de désengagement réglementaire de l’administration Trump vis-à-vis du secteur crypto. D’autres affaires, comme l’abandon d’une plainte de la SEC contre Binance, renforcent cette hypothèse.
Une rumeur en ligne avec le virage réglementaire de Washington
Au cœur des spéculations actuelles, une dynamique politique semble peser de tout son poids. Plusieurs analystes soulignent que cette éventuelle levée anticipée de la surveillance imposée à Binance s’inscrit dans la stratégie de l’ex-président Donald Trump, connu pour son opposition farouche aux régulateurs financiers et à toute forme d’encadrement strict des cryptomonnaies. La rumeur prend donc une ampleur particulière dans un contexte où Washington multiplie les signaux d’apaisement envers les grandes entreprises du secteur.
Le journaliste Landon Manning évoque clairement un changement de paradigme : « La guerre continue de Trump contre l’application des lois sur la crypto a touché de nombreux cas similaires », écrit-il. Dans les mois précédents, la SEC a déjà retiré une poursuite visant Binance, renforçant la perception d’un allègement graduel de la pression réglementaire. Le Département de la Justice, quant à lui, s’intéresse désormais à l’assouplissement de plusieurs mesures d’application passées, selon les mêmes sources anonymes citées par BeInCrypto.
Cette évolution, si elle venait à être confirmée, pourrait marquer un tournant dans la gouvernance juridique de l’industrie crypto aux États-Unis. En effet, la suppression prématurée d’un mécanisme aussi structurant qu’un contrôleur de conformité désigné par la justice pose question. Pour certains experts, cette décision affaiblirait l’effet dissuasif des sanctions, en envoyant le message que les grandes plateformes peuvent échapper rapidement à leurs obligations en fonction du climat politique.
Le possible retrait anticipé du régulateur de conformité de Binance cristallise les tensions entre exigence de responsabilité et volonté de déréglementation. Pour les partisans d’un encadrement strict, une telle décision risque d’alimenter un sentiment d’impunité au sein de l’écosystème Web3, déjà fragilisé par les scandales récents. À l’inverse, certains y verront un signal positif pour l’innovation et la compétitivité des acteurs américains. Mais une chose est certaine, la manière dont cette affaire sera tranchée pourrait faire jurisprudence et redéfinir les contours de la régulation crypto dans les années à venir.
